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Affichage des articles du août, 2025

interlude

  Samedi matin Grisaille et vent coulis. Un matin de fin d’août où l’on sent que l’automne s’installe sans bruit. Les hirondelles ont disparu. Seuls les corvidés, fidèles guetteurs, dessinent des courbes sombres dans le ciel. Je suis resté longtemps au lit, à écouter sa voix dans ma mémoire. Pas de sexe. À peine un frisson. Juste cette tendresse immense, irréductible, qui me réchauffe de l’intérieur. J’ai tendu la main, machinalement, vers l’autre moitié du lit. Elle n’était pas là, bien sûr. Mais l’idée même qu’elle aurait pu l’être m’a suffi. Je ne dors plus sur le bord, comme un exilé. Même cet espace-là, je me le réapproprie.

le sac

  Dans le sac de Christine Mais que ce monde est curieux. Moi qui m’étais toujours imaginé que le sac des femmes tenait du subtil mélange entre un capharnaüm et le sac à double fond d’un magicien, je découvre un univers bien rangé. Mon petit museau de souris fouine et furète… j’ai les vibrisses en alerte. Il y a des odeurs que je connais, celle du bonbon à la menthe dont elle a oublié le papier dans la pochette avant. Et puis cette autre, son parfum, sans doute. Oui, c’est bien cela : frais, fruité, solaire. C’est elle, et c’est bien elle. Il y a un agenda à l’ancienne, une copie de Filofax, pratique et facilement lisible. Elle écrit au feutre bleu des lettres rondes et larges, avec des points circulaires sur les i. C’est féminin, très féminin. Quel contraste avec mon écriture sèche, oblique, comme des runes ou des traces de foudre. Et elle écrit large. Oui, elle cache ses lunettes au fond du sac dans une pochette en tissu, mais je sais que parfois elle en a besoin, même si e...

et si

Et si ça finissait nous deux ? c'est normal que tu te poses la question. Tu es déjà passée par là et moi aussi d'ailleurs. Si ça finissait, tu n'aurais pas à me le dire. Je le saurais peut-être avant toi. J'aurais remarqué tes lèvres plus froides, les pattes d'oie durcies autour de tes yeux et ta réticence à te lover dans mes bras, le soir venu. Quelque chose aura été brisé. De mon fait ? du tien ? d'un peu de tout ? cela ne m'intéresse pas. Retrouver l'incident originel ne résoudra rien. Nous dirons que c'est le destin, que nous nous sommes dés-aimés. Si, ca finit, n'aie pas peur surtout. Mes mains ne te feront jamais de mal. Peut-être vais je frapper comme un malade un sac de boxe ?Peut-être sortirai-je la nuit pour crier dans le noir. Mais il ne t'arrivera rien, ni à toi , ni à Hugo et Zoé. je nous serai loyal, même si ce nous n'existe plus. Et je t'aiderai, si tu le permets.  Je ne m'opposerai pas à ta décision, parce que c...

les crayons

  Je suis offerte, aveugle et muselée. À quatre pattes, prisonnière d’un bandeau et d’un bâillon, je n’ai plus rien de la femme sûre d’elle que je prétends être dans le monde. Ici, je ne suis qu’attente. Attente de lui. Attente de sa volonté. Quand je sens le premier objet s’introduire en moi, je comprends aussitôt : ce n’est pas un fouet, ni une corde, ni un de ces instruments que je redoute ou espère. C’est pire. C’est autre chose. Un crayon. Un objet dérisoire, presque ridicule… et c’est justement cela qui me terrasse. Il peut tout transformer en instrument, même ce qui appartient au quotidien le plus banal. Même un crayon devient sceptre entre ses mains. Je voudrais rire de moi, de cette position grotesque, mais je ne peux pas. Ce qui monte en moi, ce n’est pas le rire : c’est la honte. Honte de jouir malgré moi, honte de trembler de peur et d’envie à la fois, honte d’être si facile à posséder. Je me sens petite fille prise en faute, punie sans recours, et en même temps femme...

Jalousie work in progress

Aujourd'hui, tu seras punie. Pas pour ce que tu as fait mais pour ce que tu as pensé. Pour l'éclat de rage dans tes yeux quand Vérane est passée avec le plateau de boissons. Pour le regard vers sa poitrine dénudée que tu n'as pas pu t'empêcher de comparer à la tienne. Tu sais, tu as beau savoir qu'elle appartient à la maîtresse du Donjon et que toutes les règles de bienséance m'interdisent de voir en elle plus qu'un objet. Jolie certes, décorative sans doute comme un cheval Tang posé sur la cheminée ou comme une pendule Napoléon IIII bien lourde répondras-tu. Mais elle n'est qu'un objet et elle n'esta pas à moi. Tu le sais, je sais que tu le sais, je sais que tu ne peux pas t'empêcher. IL faut donc que je te corrige. Je pourrais exiger que tu me supplies de te punir, de te donner le fouet dont tu as si peur. Mais je n'en exige pas tant. Je pourrais aussi te mettre en quarantaine, dans cette cave ou au cachot. Il y fait sombre, humide et f...

eclat et tremblement

  Entre l’éclat figé des statues et le frisson des corps, il reste un silence où se déposent les blessures. C’est là que naissent les mots qui tremblent et brûlent. Éclat et tremblement Note de Christine *Il m’arrive de penser que je ne suis pas assez élégante pour toi. Ces femmes que tu regardes en silence — éclatantes, parfaites, inaccessibles — me font mal. Mais je me souviens : elles ne tremblent pas, elles ne s’offrent pas. Moi seule, je suis vivante. Moi seule, je m’ouvre à toi. Et c’est ainsi que je gagne, Hadrien : je ne suis pas statue, je suis ton offrande.* Hadrien Je lis ces lignes et je me tais. Elle croit qu’elle n’est pas assez, qu’elle ne rivalise pas. Elle se compare à des statues qu’elle imagine m’attirer, alors que je ne les touche jamais, que je ne les atteins pas. Elle ne sait pas que c’est sa fragilité qui me brûle. Sa peur, son abandon, ses mots murmurés entre ses lèvres sèches. Elle ne sait pas que je n’ai jamais désiré de statue, mais une fe...

Madame rêve (pardon Bashung)

  Madame Rêve — confidence de Christine Je n’avais jamais osé t’en parler. J’ai honte parfois de ce rêve, parce qu’il m’habite depuis l’enfance, et qu’il m’a traversée bien avant que je connaisse ton regard. Pourtant il revient, toujours le même, comme une respiration souterraine. C’est une nuit d’été, une de ces nuits moites où l’air colle à la peau et où l’on se retourne sans trouver le sommeil. Alors j’entends un cri. Au début je crois qu’il m’effraie, puis je comprends qu’il m’appelle. J’ouvre la fenêtre, je saute, je cours pieds nus dans la forêt jusqu’à cette grotte noire où une masse me renverse et m’écarte. Deux yeux flamboyants me fixent : désir absolu, désir de moi. C’est à ce moment que je m’éveille, tremblante et mouillée, comme si le rêve avait traversé ma chair. Cette nuit encore, il m’a prise. Mais cette fois, en m’éveillant, j’ai senti tes bras, ton souffle contre ma nuque. Alors j’ai compris. Cette masse obscure qui m’attire depuis toujours, c’était toi. Ou plut...

whisky

  Whisky Christine fit glisser sa nuisette et s’agenouilla sans un mot. Le verre était lourd dans ma main. Single malt, tourbé, avec cette odeur de feu et de terre qui s’accroche aux lèvres. Elle posa la tête sur mes genoux, comme si sa place avait toujours été là. Ma main libre se perdit dans ses cheveux, lente, caressante, familière. Je bus une gorgée. Le whisky brûlait ma gorge, emplissait ma poitrine. Elle ne bougeait pas, sinon ce frémissement à peine perceptible quand mes doigts glissaient de sa tempe à sa nuque. Le temps s’épaississait. Il n’y avait plus de lampe, plus de murs, plus de monde. Seulement la fumée du malt, la chaleur de son corps offert, et ce silence rare où désir et paix ne font plus qu’un.
Prologue — Liturgie intime Je n’ai jamais eu de religion unique. Mon enfance a connu l’encens, la faute, la peur d’un Dieu trop grand pour l’homme. De là me reste la gravité des gestes : agenouillement, offrande, silence recueilli. Mais je n’ai jamais cessé d’entendre aussi l’appel des anciens dieux, plus proches, plus vastes que moi sans être tout-puissants. Des dieux païens qui veillent dans les arbres, dans la mer, dans la foudre. Ils ne jugent pas, ils rappellent seulement que nous sommes partie d’un monde habité. Et puis, toujours, le stoïcisme. Comme une ligne de vie à chaque époque : ne pas se laisser détruire, ni par les autres ni par soi. Supporter sans plier, accueillir le réel avec lucidité, chercher la paix intérieure au milieu du tumulte. De ces trois sources, j’ai bâti une spiritualité à ma mesure. Une liturgie intime où l’amour devient rituel, où l’érotisme prend la gravité d’un sacrement. Mes récits sont traversés par cela : l’ombre du cloître, la lumière des anc...

qui suis je

 Je suis un homme. Pas une menace. Pas un résidu du patriarcat à éradiquer. Un homme. Avec des épaules parfois trop larges pour passer inaperçu. Avec des silences qui pèsent, une voix grave, des gestes parfois brusques. Un homme qu’on ne saurait confondre. On dit aujourd’hui qu’il faut se déconstruire. Démanteler ses réflexes, ses repères, sa posture d’homme pour accéder à une humanité plus fluide, plus malléable, plus neutre. Peut-être. Mais alors je vous pose la question : connaissez-vous quelque chose de déconstruit… qui fonctionne ? Un pont déconstruit, une montre déconstruite, une famille déconstruite : cela ne donne que des ruines. Je ne suis pas hostile aux remises en question. J’ai appris à écouter. À me corriger. À pleurer, même, parfois. Mais je n’ai pas honte d’avoir été élevé dans la retenue, la rigueur, la parole donnée. Je n’ai pas honte de mes mains qui savent porter, frapper, construire. Je n’ai pas honte d’être un roc dans une époque de courant. La mode est au ...

le rien, le tout

  Lui – Le Rien On m’a dit : « là, il n’y a rien ». J’ai grandi avec cette phrase comme une lampe éteinte. Alors j’ai appris à regarder sans prendre, à demander avant d’approcher, à laisser ma main dehors tant qu’on ne m’invite pas. Je tiens le cadre, je garde la lenteur, je refuse de confondre prendre et recevoir . Un jour, dans la respiration partagée, le « rien » a cédé : c’était un seuil. Elle – Le Tout On m’a dit : « cache », « tiens tes jambes », « c’est intime ». J’ai appris le silence avant les mots. Plus tard, j’ai nommé : vulve, clitoris, vestibule — et la honte a reculé d’un pas. Je ne cache pas : je garde . J’ouvre quand je choisis, si l’on me parle juste, si la main n’exige pas. Alors ce que vous appeliez « rien » devient, pour moi, tout

seins

  I. Le regard d’Hadrien — “Seins de femme” Il y a, dans la courbe d’un sein, un secret plus ancien que tous les mots. Ce n’est pas seulement une rondeur que l’on devine sous la robe, un frisson qui affleure à la dentelle, une caresse qui s’annonce avant d’être donnée. C’est un signe. Une promesse. Peut-être même un pacte. Un sein découvert n’est pas nu : il est offert , c’est différent. Il cesse d’être un élément du corps pour devenir un geste , un consentement muet , une ouverture . Je les regarde souvent, les seins des femmes, mais sans vulgarité. Comme on observe la mer ou le feu. Il y a des seins qui appellent la tendresse, d’autres la morsure. Certains frémissent, d’autres défient. Il m’est arrivé d’en fixer certains comme on fixe un visage : pour lire ce qu’ils ne disent pas. Les siens — ceux de Christine — je les ai vus d’abord dans leur prison de tissu. Puis à travers la chemise entrouverte. Puis sous ma paume. Puis sous ma voix. J’ai posé mon front sur eux comme ...

credo à remanier

 Je suis un homme debout, fait de chair, de mémoire et de désir. Je ne veux ni fuir la réalité, ni me contenter de ses ersatz. Je cherche une femme que je puisse admirer autant que guider, Une femme capable de me suivre sans se trahir, Capable de se donner sans se dissoudre. Je ne veux pas d'une victoire facile, ni d'une soumission vide. Je veux une traversée, avec ses nuits, ses hauteurs, ses vertiges. Je veux une rencontre rare, exigeante, incarnée. Je ne confonds pas le pouvoir et la violence, Ni la maîtrise et la froideur. Je veux tenir — mais je veux trembler. Conduire — mais être touché. Dominer — sans effacer l'autre. Je ne veux plus choisir l'impossible pour me protéger. Je veux choisir ce qui vibre, ce qui trouble, ce qui est là. Je refuse la honte comme moteur. Je refuse la vengeance comme moteur. Je veux être homme entier, et non personnage blessé. Je suis fait de verticalité et d’ombres, D’exigence et de fêlures, D’orgueil parfois, mais a...

fils de la terre et du ciel étoilé

     La mer qu’elle est (fragments de Christine) Je ne suis pas un feu. Je brûle parfois, c’est vrai, mais je ne cherche pas à consumer. Et le vent ? Il me traverse, me soulève, me bouscule — mais il n’est pas moi. Non, je suis autre chose. Je suis cette mer que je regarde depuis toujours, sans comprendre pourquoi elle m’apaise. Je la sens en moi : son va-et-vient, ses marées que je ne contrôle pas, ses vagues qui caressent ou brisent, ses fonds profonds, inaccessibles. Je suis immense parfois. Trop. Et pourtant je me tiens là, calme en apparence, un peu salée, avec mes souvenirs déposés comme coquillages au creux des reins. Je peux être douce — ou vous noyer. Je peux prendre tout ce que vous avez à offrir, puis tout rendre — ou rien. On me croit fragile, mais j’use les rochers. Il faut savoir entrer en moi. Savoir attendre. Savoir nager. Je ne suis pas à dompter. Mais si je vous choisis, je vous enlace, jusqu’à la moelle, jusqu’au souffle. Et si je ...

les larmes, work in progress

  Le collier C’était une soirée calme. Trop calme, peut-être. Ils avaient parlé. Un peu. Mangé quelque chose, bu un verre. Rire léger, gestes habituels. Il ne se souvient pas du moment exact où c’est sorti, ni de la manière dont il l’a dit. Mais il sait que ce n’était pas une provocation. Il avait choisi ses mots, ou plutôt, il les avait laissés sortir. — Je t’aime, et je te respecte. Mais je te veux à genoux. Portant mon collier. Un silence. Pas long, pas glacial. Juste… un flottement. Elle a baissé les yeux, ou elle a souri, peut-être. Il ne sait plus. Il ne sait plus comment la soirée s’est finie. Peut-être qu’ils ont fait l’amour. Peut-être pas. Il ne reste rien de précis. Rien qu’un goût, amer comme un fruit cueilli trop tôt. Ce n’était pas qu’elle avait refusé. Elle n’avait pas compris. Ou pas voulu entendre. Ou peut-être que tout s’était dissous dans la fatigue. Le mot « collier » était resté en suspens, comme déplacé, comme un mot d’un autre alphabet. Il n’y a pa...

la maison des lianes (work in progress) nouveau personnage

  Titre provisoire : "La maison des lianes" Il avait garé la voiture un peu plus bas, là où le chemin de terre redevenait goudron. La maison était toujours là, penchée, comme en attente. Un volet battait paresseusement. Une guirlande solaire clignotait en plein jour. Lila apparut sur le pas de la porte, en jupe longue, les pieds nus, une tasse fumante à la main. Elle lui sourit, surprise et floue. — Hadrien… tu tombes bien. Je fais une tisane de lavande et de sureau, tu veux ? Il déclina d’un geste. Elle insista à peine. Il entra. L’odeur familière de sauge et de linge humide. Le vieux chat sur le coussin. Un oracle oublié sur la table basse, une carte retournée : La guérisseuse blessée . Un enfant passa dans le couloir, torse nu, casque sur les oreilles, un sabre en plastique à la main. Un autre silence. Puis la voix de Lila, douce : — Il est tellement sensible, tu sais… mais je sens qu’il a une mission. Il parle de devenir militaire ou flic. Je le soutiendrai ...

petit déjeuner et réécriture

  Hadrien s'était levé le premier. Il avait quitté la chambre sans bruit en prenant bien garde à ne pas réveiller Christine. Il sortit un instant sur la plage, juste pour sentir l'odeur du goémon et entendre le cri rauque des mouettes. "Pas de corbeau", se dit-il "dommage. Il regagna l'hôtel garnit un plateau de viennoiserie, d'une carafe de jus d'orange et d'une théière fumante puis regagna sa chambre -notre chambre se corrigea-t-il. Christine était assise sur le bord du lit, elle s'étira comme un chat. D'abord un bras, puis l'autre, puis le corps tout entier tendu comme un arc. -"Tu as bien dormi ?"-"Oui", répondit-elle" C'est bizarre de dormir avec un collier au cou. Je me suis réveillée une fois, je l'ai senti autour de mon cou. Il est lourd, chaud, rassurant..un peu comme toi";-"Il est moi, quand tu le portes, c'est comme si tu portais ma marque sur toi. C'est la règle". Chr...

manifesto

  Esquisse de manifeste – Un autre regard Je n’ai rien inventé. Je ne prétends pas réinventer le BDSM, ni écrire la grande œuvre qui manquait. Je fais simplement ce que je sais faire : raconter. Observer ce qui se passe dans un corps, dans une pensée, quand deux êtres acceptent de franchir une frontière ensemble. J’ai longtemps cru que le BDSM se résumait à des images : cordes bien nouées, marques nettes, poses étudiées. Sur les réseaux, tout est fait pour ça : montrer. Montrer la soumise attachée, le dos marqué, la fierté ou la honte affichée. Montrer pour prouver, montrer pour séduire. Et souvent, l’homme dominant reste hors champ — une main, une ombre, un outil. Le corps qui s’expose, c’est presque toujours celui de la femme. Mon écriture vient d’ailleurs. Elle ne cherche pas à capturer l’instant d’un cliché, mais la lenteur d’un chemin. Elle ne s’intéresse pas seulement à ce qu’on voit, mais à ce qu’on ressent : la peur, la confiance, le trouble, l’éveil. Je donne la paro...

entre terre et feu (en cours)

  Entre terre et feu Hadrien – Ad Castra Il faudra que je t’en parle un jour, Christine. De l’endroit d’où je viens. On l’appelait ad Castra , “près du camp”. Les légionnaires y avaient dressé leurs tentes il y a deux mille ans. Le nom est resté, comme une cicatrice ancienne. C’est un pays d’entre‑deux. Ballotté depuis toujours entre Germains et Latins. Les descendants des soldats et ceux des indigènes ont fini par mêler leur sang. Tantôt l’un de ses aspects l’emporte, tantôt l’autre. Nous savons être méthodiques et solides quand nous bâtissons nos fermes en carré. Et puis la folie nous prend au Carnaval ou quand les morts reviennent dans les frimas de novembre. Nous paraissons lents à sourire, méfiants comme les paysans que nous restons. Mais sous la surface couve un feu. Celui des histoires d’amour impossibles, des conflits qu’on n’enterre jamais vraiment, de cette obstination à résister aux envahisseurs. Quand l’autre vient en paix, nous l’accueillons, nous l’adoptons. Sin...

bascule (lavori in corso)

  Bascule Hadrien Il s’arrêta d’écrire et relut les mots. Il y avait là quelque chose qui le dépassait. Christine. Était-ce encore un personnage, ou déjà une présence ? Il ne savait plus très bien où finissait la fiction et où commençait la femme. Pas la femme qu’il avait inventée — l’autre, celle qui existait, avec son rire discret, son entêtement doux, ses jupes simples. Celle qui n’était pas là, et qui pourtant hantait chaque ligne. Il eut un instant de vertige. Pas de honte, pas de regret — juste la conscience aiguë qu’il était en train de changer. Ses textes ne cherchaient plus seulement à séduire. Ils l’avaient mené ailleurs. Un lieu où l’on ne chasse pas, où l’on attend. Où l’on regarde venir. Il se surprit à sourire. La peur était là aussi, mince et froide, comme une lame sous la peau. Mais elle n’effaçait rien. Elle signalait seulement qu’il franchissait une frontière. Christine (journal) Il y a quelque chose qui change chez lui. Ce n’est pas spectaculaire, pas q...

VENT ET sEL / cHRISTINE ET SON CORPS (en cours)

  Vent et sel (version méditation sensuelle) Le sable crissait sous ses pieds nus. Christine avait suivi son fils jusqu’à la plage, puis s’était arrêtée un peu en retrait, là où les rochers formaient un abri contre les jeux plus bruyants. L’enfant avait déjà rejoint le bord de l’eau, insouciant, une planche de bois sous le bras. Elle le regarda quelques secondes encore, le cœur apaisé par cette silhouette libre qui courait vers la mer. Puis elle se détourna. La chaleur était dense, presque tangible. Un soleil lourd l’écrasait depuis le début de l’après-midi, la rendant molle et rêveuse, comme si chaque geste coûtait un effort. Mais à présent, un souffle nouveau s’était levé. Le vent s’était mis à jouer avec sa robe : une étoffe claire, légère, longue et fendue sur le côté. Un vêtement choisi sans y penser, au matin, mais qui à présent lui paraissait soudain… vivant. Elle fit quelques pas. Le sable tiède céda sous ses talons, la mer s’ouvrait devant elle comme une étendue d’arge...