bascule (lavori in corso)

 

Bascule

Hadrien

Il s’arrêta d’écrire et relut les mots. Il y avait là quelque chose qui le dépassait.
Christine. Était-ce encore un personnage, ou déjà une présence ?
Il ne savait plus très bien où finissait la fiction et où commençait la femme. Pas la femme qu’il avait inventée — l’autre, celle qui existait, avec son rire discret, son entêtement doux, ses jupes simples. Celle qui n’était pas là, et qui pourtant hantait chaque ligne.

Il eut un instant de vertige. Pas de honte, pas de regret — juste la conscience aiguë qu’il était en train de changer. Ses textes ne cherchaient plus seulement à séduire. Ils l’avaient mené ailleurs. Un lieu où l’on ne chasse pas, où l’on attend. Où l’on regarde venir.

Il se surprit à sourire. La peur était là aussi, mince et froide, comme une lame sous la peau. Mais elle n’effaçait rien. Elle signalait seulement qu’il franchissait une frontière.


Christine (journal)

Il y a quelque chose qui change chez lui. Ce n’est pas spectaculaire, pas quelque chose qu’il dirait. Mais je le sens. Dans ses silences, dans ses yeux. Comme si quelque chose en lui avait glissé, sans qu’il s’en rende compte.

Il n’essaie plus de me séduire — ou alors, plus de la même manière. C’est plus calme. Plus nu. Avant, il me montrait sa force. Maintenant… c’est autre chose qu’il laisse voir. Quelque chose de plus fragile, peut-être ? Ou de plus vrai.

Ça me trouble. Parce que je sais ce que ça veut dire : si lui change, je change aussi. Et ça me fait un peu peur. Mais ce n’est pas une peur mauvaise. C’est une peur qui ouvre, comme une fenêtre qu’on n’avait jamais osé pousser.

Je crois que je commence à le voir, lui. Pas seulement l’homme qu’il joue, mais celui qu’il est. Et ça, ça me touche plus que tout.

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