seins

 

I. Le regard d’Hadrien — “Seins de femme”

Il y a, dans la courbe d’un sein, un secret plus ancien que tous les mots.

Ce n’est pas seulement une rondeur que l’on devine sous la robe, un frisson qui affleure à la dentelle, une caresse qui s’annonce avant d’être donnée. C’est un signe. Une promesse. Peut-être même un pacte.
Un sein découvert n’est pas nu : il est offert, c’est différent. Il cesse d’être un élément du corps pour devenir un geste, un consentement muet, une ouverture.

Je les regarde souvent, les seins des femmes, mais sans vulgarité. Comme on observe la mer ou le feu.
Il y a des seins qui appellent la tendresse, d’autres la morsure. Certains frémissent, d’autres défient. Il m’est arrivé d’en fixer certains comme on fixe un visage : pour lire ce qu’ils ne disent pas.

Les siens — ceux de Christine — je les ai vus d’abord dans leur prison de tissu. Puis à travers la chemise entrouverte.
Puis sous ma paume.
Puis sous ma voix.

J’ai posé mon front sur eux comme on cherche l’abri, l’oubli, le silence.

Et plus tard, j’ai appris à les faire parler. À les bander, les étirer, les orner, les faire rosir de plaisir ou d’attente. Elle ne disait rien, mais son souffle la trahissait. C’est dans ses seins que j’ai lu ses premiers oui.

Dans mon théâtre intérieur, les seins d’une femme sont la scène du premier acte.
Je ne les touche jamais à la légère.


II. Le murmure de Christine — “Entre mes seins”

Il y a des jours où je les oublie.
Où je ne suis que jambes, jupe, gestes à faire, choses à porter.
Et puis vient un regard, une lumière rasante dans un miroir, un tissu trop fin, et soudain ils sont là. Mes seins.
Ma mémoire.

Longtemps, je les ai jugés trop ceci, pas assez cela. Trop sensibles, pas assez tenus.
J’ai appris à les cacher, à les contenir, à les nier.
On m’a dit qu’ils étaient faits pour nourrir, pour plaire, pour se couvrir.
Mais jamais qu’ils étaient à moi. Qu’ils pouvaient parler pour moi, ou même jouir pour moi.

C’est Hadrien qui a écouté le premier. Il ne s’est pas rué, il a attendu. Il a posé les yeux, puis la main, puis les mots.
Il n’a pas cherché à les posséder, mais à comprendre leur langage.

Il a soufflé entre eux comme dans un sanctuaire. Il les a bandés, marqués, ouverts au désir. Et j’ai découvert qu’ils pouvaient être tendus comme un cri ou reposés comme un port.

Quand je me couche contre lui, parfois je le sens respirer à même leur creux. Et je sais qu’il m’écoute là, entre mes seins, mieux que je ne saurais me dire.

Alors je les redresse.
Je les tends vers lui comme une offrande.
Ils sont ma force.
Et mon abandon.

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