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Affichage des articles du mars, 2019

L'étudiante.

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D'abord, il y a cette porte que vous poussez lentement et qui grince. Puis ce dossier que vous tenez serré contre votre poitrine. La chaleur qui émane du vieux poêle de fonte. L'odeur familière, un peu renfermée, la poussière de craie en suspension. Vous êtes la dernière à vous présenter aujourd'hui pour cet examen et le soir de décembre est déjà tombé. Vous entrez, ôtez votre manteau, posez le classeur. Vos condisciples vous ont prévenue, il est un peu voyeur. Le regard d'un homme qui glisse sur vous, vous détaille, vous déshabille, cela vous gêne bien sûr. Même si parfois, voir ses yeux briller quand il croise les vôtres, ou sentir son regard qui pèse sur vos épaules, cela,... eh bien cela vous fait chaud. Aux joues d'abord. Puis au ventre et plus bas encore. Dans ces replis mystérieux de votre corps que vous apprenez à connaître. Vous ne portez rien sous votre chemisier si sage. Vous êtes certaine qu'il l'a déjà remarqué. Après tout, il vous ...

Et mon mal est délicieux

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Le vers d'Apollinaire trottait dans votre tête pendant que vous tiriez sur vos liens. Il n'y avait pas eu de cérémonie ce soir-là, pas de rites. Cela aussi faisait partie du caractère d'Hadrien. Il pouvait élaborer un scénario complexe, titiller vos sens, vous faire perdre la tête pendant de longues heures avant de passer à l'acte. Ou vous prendre sans un mot, à la hussarde, si l'envie lui en prenait. Vous n'aimiez pas ce second terme de l'alternative, il vous donnait l'impression d'être ravalée au rang d'objet. Résolue à vous soumettre à lui, vous préfériez qu'il y mette des formes. Ce fameux soir, il vous avait amenée dans sa chambre sans mot dire, vous avait ordonné.de ne conserver que vos bas . Il posa un masque sur  vos yeux, vous fit allonger  sur le lit et attacha vos bras aux barreaux de celui-ci. Il fit de même pour vos pieds, en prenant bien soin de les écarter largement. " Ne bougez pas, Mademoiselle, je revien...

Mademoiselle (c'est vous)...et Monsieur (c'est moi)

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J'aime les mots, vous le savez. Ce sont des amis chers que je fréquente depuis ma plus tendre enfance. J'ai appris à lire quasi seul à une époque où on ignorait ce qu'était un enfant à haut potentiel ou un trouble de l'attention. A cinq ans, j'ai trouvé dans un vieux dictionnaire Larousse à la couverture rapiécée, une illustration montrant Achille, le héros grec traînant derrière son char le cadavre du malheureux Hector. J'ai donc demandé à ma grand-mère qui me gardait "C'est quoi, un cadavre ? " et devant son air interloqué, j'ai ajouté "le cadavre d'un homme mort"..Quelques semaines plus tard , j'intégrais -en février- une classe de première année que j'allais boucler en terminant premier. Mais je m'égare. Parlons plutôt de vous . J'aime le mot "Mademoiselle" pour bien des raisons . D'abord parce qu'il est typiquement féminin et n'a pas son équivalent chez les hommes. Des féministes des ann...

Alauda

Fait en ce troisième jour des Ides de Novembre, l'an 701  de la fondation de la Ville, dans la Colonie de Nabo Martius, entourée par les troupes du Sénon Lucter.   Il se réveilla seul, ce matin-là.  Le lit était non seulement vide mais froid. Le petit page avait donc disparu. Il jeta un œil autour de lui. Et il avait emmené sa sœur et toutes leurs affaires. C'étaient les enfants d'un roitelet voisin qui les lui avait remis comme gage de sa loyauté. A charge pour l'homme de leur apprendre la vie. Sous tous ses aspects. Il passait ses nuits avec l'un ou l'autre, parfois avec les deux quand l'envie le prenait. Curieusement la fille était la plus rétive à ces jeux nocturnes. Son frère s'y pliait docilement. Ils étaient donc partis, cette nuit. En se dissimulant pour éviter les gardes.  Il faut dire que partager le lit d'un vaincu n'est pas facile à expliquer à ceux du camp d'en face. Autant tenter sa chance seul. A leur âge l'homme en aur...

Ravie

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Le temps était à l'orage. Vous aviez quitté le bureau pour rejoindre la gare à pied. Vous aimiez ces moments de solitude. La marche vous détendait permettant au vide de se faire dans votre esprit et de en pas ramener à la maison les problèmes du travail . Pour peu vous auriez joint l'utile à l'agréable en rejoignant la gare en courant. Mais votre jupe droite et vos talons vous interdisaient cette fantaisie. Hadrien vous avait voulu en secrétaire modèle et bien sûr vous aviez obtempéré. Vous aviez pu négocier l'absence de chignon mais pour le reste, le cliché était parfait. Vos bas vous donnaient chaud mais vous étiez heureuse de les porter pour lui. Où restait-il d'ailleurs, ce diable d'homme ? Vous en étiez déjà plus qu'à mi-chemin et aucune trace de celui qui vous avait fixé rendez-vous Une fois le bois dépassé, il vous resterait à longer l'usine désaffectée et vous seriez arrivée. Une goutte de pluie s'écrasa sur votre nez. Pas d...

Ainsi va la roue

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Le bois engendre le feu; Le feu engendre la terre; La terre engendre le métal; Le métal engendre l'eau L'eau engendre le bois Ainsi va la roue des créations en son perpétuel recommencement                                                                                                                                     ...

Feu. Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix.

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Vous avez refermé la porte extérieure, pénétré le couloir. Devant vous, une autre porte, entrouverte, avec un rai de lumière qui en filtre. Elle est lourde, travaillée, la huisserie est en cuivre. Comme chez vos grands-parents. Des souvenirs d'enfance remontent comme une bouffée. Vous rougissez. Aucun miroir pour le confirmer mais vous sentez vos joues en feu. Vos gestes sont saccadés. Vous avez vérifié trois fois le contenu de votre sac.Non vous n'avez rien oublié.Oui votre téléphone est éteint. Vous respirez, profondément. Reprendre le contrôle. Trois pas à faire, trois petits pas. Vous en faites un , mécaniquement. Il vous attend dans le salon, derrière cette porte, vous le savez. Vous en avez rêvé de ce moment, vous l'avez imaginé tant de fois. A présent, vous y voilà. Votre ventre se tord.  Et vous ne savez plus si c'est de peur ou d'envie Il y a une odeur de benjoin qui filtre de la porte entrouverte. Et de la musique sacrée qui passe sur la chaîne hif...

Il me plaît...

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Il me plaît que vous soyez mienne, Mademoiselle. Il me plaît de vous voir porter une jupe, courte ou longue, près du corps ou évasée, en toute saison et tant pis si en hiver vous avez un peu froid. Il me plaît de me promener avec vous, main dans la main en forêt ou sur les berges d'un canal. Il me plaît aussi de vous tenir en laisse, dépoitraillée et d'explorer ainsi quelque recoin inconnu de nos campagnes ou de nos forêts. Il me plaît de me noyer dans vos yeux, d'y lire de la tendresse, du défi, de la colère parfois, de l'abandon souvent. Il me plaît de vous priver de certains de vos sens, un à un, de vous empêcher de voir, de humer, d'entendre. Il vous est bien suffisant de goûter, Mademoiselle, d'être touchée, de sentir et de ressentir. Il me plaît d'entendre le cliquetis des menottes qui se referment et emprisonnent vos poignets charmants. Et rien ne me charme tant que l'odeur de cuir du collier que je pose à votre cou. Il me...

Lazy on a sunny afternoon

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Hadrien vous l'avait dit, ce dimanche il y aurait des invités et il aurait besoin de vous. Des amis qu'il avait invité pour discuter d'art ou de politique, sans doute.  Ou d'anciens condisciples de la Faculté d'Histoire. Des gens capable de disserter pendant des heures sur ce qu'aurait pensé ou aurait pu penser un obscur philosophe dont vous n'arriviez pas à retenir le nom ou sur la qualité comparée des aciers des épées vikings. Des originaux, décalés, vivant eux aussi dans un monde parallèle. Dix ans plus tôt quand il se piquait de politique, les déjeuners du dimanche avaient une autre allure. On y traitait, au dessert,  de choses rébarbatives à grand renfort de single malts et de Cointreau sur glace pour les dames. Mais c'était bien avant vous. La plupart du temps vous ne preniez qu'une part réduite à la conversation, vous contentant d'assurer le service, en parfaite maîtresse de maison. Seul Hadrien savait que sous votre robe vou...

Breizh, ma bro

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Les consignes d' Hadrien étaient claires. Vous auriez même dit limpides si cette aire de repos sur l'autoroute A1 à deux pas de la frontière belge n'était pas si lugubre à une heure aussi tardive. Par les vitres du restoroute vous aperceviez les silhouettes de quelques hommes, des routiers venus de l'Est probablement qui dégustaient un café avant d'aller passer la nuit dans la cabine de leurs semi-remorques. Vous avez mordu votre lèvre en pensant à ce qui se passerait s'ils se rendaient compte que....Chasser cette pensée, au plus vite, jamais votre amant ne vous aurait attiré dans pareil guet-apens. Vous vous êtes garée à l'écart des camions, presque à la sortie du parking, puis êtes allée chercher le sac dans votre coffre.  Hadrien vous avait demandé de faire un détour par Vannes pour le récupérer chez un ami qui habitait près des remparts. Vous en aviez profité pour faire un tour dans la vieille ville, déguster une galette et faire vos adieux pour un an à...

Rendez-vous.

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Vous n'auriez pas dû venir. Vous n'auriez pas dû accepter d'aller boire ce verre avec lui. Ses textes vous plaisaient , bien sûr, et plus d'une fois vous les avez lus et relus d'une seule main. L'autre était nichée entre vos cuisses, comme à vos seize ans quand vous rêviez à ce garçon qui ne vous remarquait pas. Trop plate, trop blonde, trop jeune. Pourtant vous aviez envie de ses bras autour de votre taille, de son épaule sous votre tête, de ses lèvres sur les vôtres. Alors ce que le jour vous refusait, vous vous l'accordiez de nuit. Humecter vos doigts, écarter les cuisses, dénicher votre clitoris, l'exciter, varier les rythmes, faire monter votre plaisir, tout cela n'avait plus de secret pour vous. Vous aviez cessé de vous masturber quand votre vie sexuelle avait éclos. Puis il y eut les jours avec un homme et les nuits sans personne. Vos mains retrouvèrent le chemin accoutumé. Quand vous découvrîtes le blog, vous sûtes que votre nu...

Excerpta

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Et je ne me sentais que plus belle, désirable et amoureuse ces fers ainsi passés à mes poignets, le fouet claquant mes reins. Et si humiliée qu'elle fût, ou plutôt parce qu'elle était humiliée, n'y avait-il pas aussi la douceur de n'avoir de prix que par son humiliation même, que par sa docilité à se courber, par son obéissance à s'ouvrir?

Plus loin que les gares, le soir...

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Les Indiens (d'Inde, pas ceux des Amériques, Mademoiselle) se plaisent à dire qu'ils se baignent dans les eaux toujours différentes du Gange toujours semblable. Les gares sont mon Gange à moi. Les voyageurs y entrent et en sortent, tous différents selon les heures de la journée, les moments du mois ou les saisons de l'année. Mais la gare reste la gare : un lieu hors du temps, qui a son rythme propre, un lieu de rencontres, d'embrassades et d'adieux. Un lieu de larmes à la veille des guerres et de joies à la fin des conflits. C'est là que se nouent ou se dénouent tant d'histoires qu'il faudrait un Homère ou un Dante pour les raconter toutes. C'est aussi un lieu parfait pour une rencontre. Alors, écoutez Mademoiselle, ce récit qui est pour vous :   Ce soir-là vous prendrez le dernier train. Celui qui relie votre ville à la mienne en quelques heures, une merveille qui aurait fait pâlir d'envie mon grand-père cheminot. Vous aurez passé l'aprè...

Au pays ! + réécritures

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Je suis né ad Castra, voici plus d'un demi-siècle à présent. C'est un pays d'entre-deux ballotté entre germains et latins de toute éternité. Les descendants des légionnaires et ceux des indigènes y ont fait leur paix depuis longtemps. Mais le sang est puissant qui coule dans les veines et tantôt l'un de ses aspects l'emporte, tantôt l'autre. Nous pouvons être méthodiques et organisés quand nous cultivons ou quand nous bâtissons nos immenses fermes en carré. Et puis la folie peut s'emparer de nous au Carnaval, à la Ducasse ou quand les morts reviennent parmi nous dans les frimas de novembre. Toujours nous paraissons stricts, lents à nous détendre, méfiants comme les paysans que nous restons. Mais sous ces apparences coule un feu dévorant. Celui des histoires d'amour impossibles, des conflits qui perdurent de génération en génération, de notre tradition de résistance aux envahisseurs.  Quand l'autre vient en paix, nous l'accueil...

P......

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....., six lettres qui formaient un mot honni. Un mot aux synonymes nombreux, parfois argotiques, arpenteuse, gagneuse, grue, poule, parfois savants comme péripatéticienne qui fleurait bon la Grèce antique, Aristote se promenant dans le parc du Lycée et enseignant ses élèves. Mais p..... était le pire de tous. Celui de la déchéance ultime, de la moins que femme, de la malédiction qui s'abattrait plus tard sur l'adolescente qui s'enjupait trop court ou se maquillait trop visiblement. Pire que "tu finiras vieille fille", presque "tu finiras sur l'échafaud", il y avait "tu finiras.p.....". Depuis des années le sort de ces femmes vous intriguait. A chaque train de nuit que vous preniez pour la capitale, il vous fallait traverser quelques rues du quartier chaud.  Rien n'y était beau objectivement  Les néons blafards ou colorés, les tenues défraîchies de la plupart des filles,  leurs gestes malhabiles qui se voulaient sexys, le...

Psaume

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Tout à coup ma main sur toi, prompte et puissante, s’abattra. Je te prendrai par la nuque pleine et ronde, A la base du savoir et du vouloir, entre l’âme et l’esprit. Je te tiendrai par le support de ta tête rebelle, Par le pivot de tes lumières. Je te presserai vers ce que je veux, et que tu ne veux Et que je veux que tu veuilles. Je te mettrai rompue et belle sous mes pieds, et je te dirai que je t’aime. Et je te ploierai par le col jusqu’à ce que tu m'aies compris, bien compris, tout compris. Car je suis ton Seigneur et ton Maître. Tu pleureras, tu gémiras; Tu chercheras une lueur de faiblesse dans mes regards. Tu lèveras, tu tordras tes mains suppliantes, tes belles mains très suppliantes, tes blanches mains comme enchaînées à tes yeux clairs. Tu pâliras, tu rougiras, Tu souriras, tu saisiras dans tes bras nus mes jambes dures; Tu m’aimeras, tu m’aimeras, Car je suis ton Seigneur et ton Maître. Paul Valéry, Psaume Y

Monsieur a bien de la chance.

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La voix était jeune, timide. Un léger accent du Sud lui donnait un charme de fruit vert sous la langue, un peu amer encore mais déjà plein de promesses. Ce n'était plus la voix d'une adolescente, pas encore celle d'une femme. Il n'empêche que vous aviez sursauté sous le masque qui vous couvrait les yeux. D'instinct, vous auriez voulu vous retourner vers celle qui les avait prononcés mais les liens qui reliaient vos poignets à l'épaisse poutre de chêne était trop forts et trop courts. Et puis faire demi-tour sur des escarpins aussi haut quand on ne porte qu'un serre-taille en dentelle, un porte jarretelles et des bas, ce n'est peut-être pas indiqué. Mieux valait, tout bien pesé, continuer à lui exhiber vos fesses nues, mêmes rougies, surtout rougies.Cette vision la détournerait de votre visage que vous sentiez passer en quelques instants du blême à l'écarlate et retour. Hadrien vous avait emmené flâner sur l’île Saint-Louis, ce dimanche-là. Co...

Première fois

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Perinde ac cadaver tonnait le père jésuite qui cette année-là était le titulaire de ma classe, dans ce collège bon teint de la capitale où mes parents avaient résolu de m'inscrire. C'était un de ces grands bâtiments néo-classiques aux portes immenses et toujours fermées. Les fenêtres étaient grillagées et le seul accès à l'extérieur se faisait devant une loge de concierge. De l'extérieur, on ne pouvait qu'hésiter : une caserne, un couvent, ou une école. Sans doute un peu des trois dans l'esprit des fondateurs dont le but était simple : former à la dure la future élite ou en tout cas ceux qui pourraient un jour leur renvoyer l'ascenseur grâce à la place qu'ils occuperaient dans la société. Outre les traditionnels fils de famille, on y acceptait quelques jeunes pousses venues du peuple et sur lesquelles on comptait pour renouveler les cadres. J'étais de ce nombre et on me le faisait assez sentir. Par rétorsion, j'animais une rési...