le sac
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Dans le sac de Christine
Mais que ce monde est curieux.
Moi qui m’étais toujours imaginé que le sac des femmes tenait du subtil mélange entre un capharnaüm et le sac à double fond d’un magicien, je découvre un univers bien rangé.
Mon petit museau de souris fouine et furète… j’ai les vibrisses en alerte.
Il y a des odeurs que je connais, celle du bonbon à la menthe dont elle a oublié le papier dans la pochette avant. Et puis cette autre, son parfum, sans doute. Oui, c’est bien cela : frais, fruité, solaire. C’est elle, et c’est bien elle.
Il y a un agenda à l’ancienne, une copie de Filofax, pratique et facilement lisible. Elle écrit au feutre bleu des lettres rondes et larges, avec des points circulaires sur les i. C’est féminin, très féminin. Quel contraste avec mon écriture sèche, oblique, comme des runes ou des traces de foudre. Et elle écrit large.
Oui, elle cache ses lunettes au fond du sac dans une pochette en tissu, mais je sais que parfois elle en a besoin, même si elle préfère qu’on ne le sache pas trop.
Là, c’est le portefeuille, vieux cuir lui aussi, beaucoup trop large pour entrer dans une poche. Il doit y avoir les photos de ses enfants, ses multiples cartes de fidélité, des listes de choses à faire.
Une autre trousse en tissu : n’insistons pas.
Pas de médicaments, même pas un anti-douleur. J’espère qu’elle ne néglige pas son traitement. Ce serait idiot qu’elle rechute — ou qu’elle rechutât, si je veux respecter la concordance des temps.
Ah oui, là c’est son roman. Elle va encore s’excuser en disant qu’elle lit des choses simples. Alors qu’elle lit. Qu’elle est la seule au bureau à s’ouvrir les voies de l’imaginaire. Et elle lit aussi pour se perfectionner, je le sais, je l’ai vue faire.
Attention, la pièce s’éclaire.
Elle a saisi le sac, et elle m’embarque en voyage.
J’entends sa voix :
— « Hugo, dépêche-toi, on va rater le début du film. »
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