qui suis je
Je suis un homme. Pas une menace. Pas un résidu du patriarcat à éradiquer. Un homme. Avec des épaules parfois trop larges pour passer inaperçu. Avec des silences qui pèsent, une voix grave, des gestes parfois brusques. Un homme qu’on ne saurait confondre.
On dit aujourd’hui qu’il faut se déconstruire. Démanteler ses réflexes, ses repères, sa posture d’homme pour accéder à une humanité plus fluide, plus malléable, plus neutre. Peut-être. Mais alors je vous pose la question : connaissez-vous quelque chose de déconstruit… qui fonctionne ? Un pont déconstruit, une montre déconstruite, une famille déconstruite : cela ne donne que des ruines.
Je ne suis pas hostile aux remises en question. J’ai appris à écouter. À me corriger. À pleurer, même, parfois. Mais je n’ai pas honte d’avoir été élevé dans la retenue, la rigueur, la parole donnée. Je n’ai pas honte de mes mains qui savent porter, frapper, construire. Je n’ai pas honte d’être un roc dans une époque de courant.
La mode est au lâcher-prise. Partout on nous vante les vertus de l’abandon, de la souplesse, de la dissolution du moi. Les hommes, eux, sont priés de se fondre, de s’excuser, de s’adoucir jusqu’à disparaître. Et pendant ce temps, on pleure la disparition des pères, on s’étonne du manque de repères, on redoute le vide.
Je ne veux pas disparaître. Ni m’effacer. Ni devenir tiède. Je ne veux pas nier ce que je suis pour mériter l’amour d’une société qui ne sait plus ce qu’elle attend de ses fils.
Je suis un homme. J’aime le travail bien fait. J’aime l’effort, la parole claire, le poids d’un regard qui engage. J’aime les femmes qui se tiennent debout, belles et fières, et que je peux protéger sans qu’elles aient besoin de moi. J’aime le combat loyal, la camaraderie silencieuse, le respect qui passe sans phrases.
Je ne suis pas un surhomme. Mais je suis resté debout. Je n’ai pas fui. Je n’ai pas renié.
Et si cela fait de moi un homme "non déconstruit", alors je l’assume.
Parce que dans ce monde de boue et de peur,
je préfère être roc que sable.
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