P......
....., six lettres qui formaient un mot honni. Un mot aux synonymes
nombreux, parfois argotiques, arpenteuse, gagneuse, grue, poule, parfois
savants comme péripatéticienne qui fleurait bon la Grèce antique,
Aristote se promenant dans le parc du Lycée et enseignant ses élèves.
Mais p..... était le pire de tous. Celui de la déchéance ultime, de la
moins que femme, de la malédiction qui s'abattrait plus tard sur
l'adolescente qui s'enjupait trop court ou se maquillait trop
visiblement. Pire que "tu finiras vieille fille", presque "tu finiras
sur l'échafaud", il y avait "tu finiras.p.....".
Depuis
des années le sort de ces femmes vous intriguait. A chaque train de
nuit que vous preniez pour la capitale, il vous fallait traverser
quelques rues du quartier chaud. Rien n'y était beau objectivement Les
néons blafards ou colorés, les tenues défraîchies de la plupart des
filles, leurs gestes malhabiles qui se voulaient sexys, les gros bras
tatoués veillant à ce que nul n'endommage le cheptel. Mais tout y était
fascinant pour vous : les poses hiératiques dans les vitrines, le ballet
incessant des hommes qui montaient et descendaient l'avenue, comparant,
réfléchissant , faisant leur choix ou au contraire se précipitant tête
baissée et à grandes enjambées vers l'un ou l'autre des établissements.
µVous vous étiez souvent demandée si...L'idée d'être le centre de
l'attention de plusieurs mâles vous émoustillait et vous étiez prête à
lui sacrifier un peu de votre pudeur. Être payée pour faire l'amour vous
rebutait mais l'idée de fixer votre prix, pourquoi pas d'organiser une
enchère dont vos charmes seraient le gros lot n'était pas pour vous
déplaire.
Vous vous imaginiez en reine de la nuit.Une robe trop courte, peut-être symboliquement fendue, un décolleté plongeant, des bas résilles; Vous seriez assise sur un grand fauteuil rococo, les jambes croisées haut, ayant fiché votre éternelle cigarette mentholée sur l'ivoire d'un fume-cigarettes. Un air de jazz, (avec du saxo, beaucoup de saxo) servirait de fond sonore. Il y aurait une lanterne au-dessus de la porte, avec des idéogrammes chinois et tous les hommes tourneraient la tête vers vous, espérant que vous leur feriez l'aumône d'un sourire ou d'une invitation explicite...

Le coup de frein vous arracha à vos pensées. Vous avez tourné la tête vers Hadrien et lui avez souri. Il avait insisté pour que vous soyez habillée sexy. Selon les critères du jour, cela signifiait talons, bas autoportants, jupe courte et seins libres sous un chemisier en soie grège. Pas de collier ni de menottes pour ce soir, vous n'iriez donc pas dans ce club où se rencontrent les Messieurs et où le rôle des femmes se réduit à satisfaire toutes leurs envies.
Vous avez reconnu la grande avenue avec ses hôtels chics et ses bars branchés, bordée d'une contre-allée arborée et propice aux rencontres exotiques. C'était une autre version du plus vieux métier du monde. Les filles attendaient appuyées contre un mur ou sur le tronc d'un tilleul. Les voitures ralentissaient, certains se contentaient de se rincer l’œil. D'autres négociaient. Quelques-uns embarquaient les belles vers un hôtel ou le bois tout proche. "Nous descendons, Mademoiselle, non, inutile de prendre votre manteau ni votre sac". Vous avez frissonné, pris le bras d'Hadrien pour vous coller contre lui. "Je vous confie une mission, Mademoiselle, je vais vous laisser ici pour quelques instants. Je veux qu'à mon retour, vous me remettiez le gain de votre soirée, quelques pièces, un billet mais débrouillez vous pour avoir quelque chose à me remettre sinon...sinon il vous en cuira. Vous pouvez vous inspirer de ce que font les autres filles dans cette avenue" Il vous avait plantée là, était remonté dans sa voiture et avait démarré. Vous avez entendu un autre véhicule ralentir dans votre dos, ses phares donnaient à votre ombre une dimension gigantesque. Puis une voix d'homme, grasse, avinée "Combien ?"
Vous étiez telle un lapin pris dans la lueur d'un phare, un papillon épinglé sur une plaque de liège. Votre ventre était noué à vous faire mal..Et curieusement, en même temps; vous vous êtes sentie fondre. "Enfin ", avez-vous pensé. Et vous vous êtes retournée....
Depuis
des années le sort de ces femmes vous intriguait. A chaque train de
nuit que vous preniez pour la capitale, il vous fallait traverser
quelques rues du quartier chaud. Rien n'y était beau objectivement Les
néons blafards ou colorés, les tenues défraîchies de la plupart des
filles, leurs gestes malhabiles qui se voulaient sexys, les gros bras
tatoués veillant à ce que nul n'endommage le cheptel. Mais tout y était
fascinant pour vous : les poses hiératiques dans les vitrines, le ballet
incessant des hommes qui montaient et descendaient l'avenue, comparant,
réfléchissant , faisant leur choix ou au contraire se précipitant tête
baissée et à grandes enjambées vers l'un ou l'autre des établissements.
µVous vous étiez souvent demandée si...L'idée d'être le centre de
l'attention de plusieurs mâles vous émoustillait et vous étiez prête à
lui sacrifier un peu de votre pudeur. Être payée pour faire l'amour vous
rebutait mais l'idée de fixer votre prix, pourquoi pas d'organiser une
enchère dont vos charmes seraient le gros lot n'était pas pour vous
déplaire.Vous vous imaginiez en reine de la nuit.Une robe trop courte, peut-être symboliquement fendue, un décolleté plongeant, des bas résilles; Vous seriez assise sur un grand fauteuil rococo, les jambes croisées haut, ayant fiché votre éternelle cigarette mentholée sur l'ivoire d'un fume-cigarettes. Un air de jazz, (avec du saxo, beaucoup de saxo) servirait de fond sonore. Il y aurait une lanterne au-dessus de la porte, avec des idéogrammes chinois et tous les hommes tourneraient la tête vers vous, espérant que vous leur feriez l'aumône d'un sourire ou d'une invitation explicite...

Le coup de frein vous arracha à vos pensées. Vous avez tourné la tête vers Hadrien et lui avez souri. Il avait insisté pour que vous soyez habillée sexy. Selon les critères du jour, cela signifiait talons, bas autoportants, jupe courte et seins libres sous un chemisier en soie grège. Pas de collier ni de menottes pour ce soir, vous n'iriez donc pas dans ce club où se rencontrent les Messieurs et où le rôle des femmes se réduit à satisfaire toutes leurs envies.
Vous avez reconnu la grande avenue avec ses hôtels chics et ses bars branchés, bordée d'une contre-allée arborée et propice aux rencontres exotiques. C'était une autre version du plus vieux métier du monde. Les filles attendaient appuyées contre un mur ou sur le tronc d'un tilleul. Les voitures ralentissaient, certains se contentaient de se rincer l’œil. D'autres négociaient. Quelques-uns embarquaient les belles vers un hôtel ou le bois tout proche. "Nous descendons, Mademoiselle, non, inutile de prendre votre manteau ni votre sac". Vous avez frissonné, pris le bras d'Hadrien pour vous coller contre lui. "Je vous confie une mission, Mademoiselle, je vais vous laisser ici pour quelques instants. Je veux qu'à mon retour, vous me remettiez le gain de votre soirée, quelques pièces, un billet mais débrouillez vous pour avoir quelque chose à me remettre sinon...sinon il vous en cuira. Vous pouvez vous inspirer de ce que font les autres filles dans cette avenue" Il vous avait plantée là, était remonté dans sa voiture et avait démarré. Vous avez entendu un autre véhicule ralentir dans votre dos, ses phares donnaient à votre ombre une dimension gigantesque. Puis une voix d'homme, grasse, avinée "Combien ?"
Vous étiez telle un lapin pris dans la lueur d'un phare, un papillon épinglé sur une plaque de liège. Votre ventre était noué à vous faire mal..Et curieusement, en même temps; vous vous êtes sentie fondre. "Enfin ", avez-vous pensé. Et vous vous êtes retournée....
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