L'étudiante.

D'abord, il y a cette porte que vous poussez lentement et qui grince.
Puis ce dossier que vous tenez serré contre votre poitrine.
La chaleur qui émane du vieux poêle de fonte. L'odeur familière, un peu renfermée, la poussière de craie en suspension.
Vous êtes la dernière à vous présenter aujourd'hui pour cet examen et le soir de décembre est déjà tombé.
Vous entrez, ôtez votre manteau, posez le classeur.

Vos condisciples vous ont prévenue, il est un peu voyeur.
Le regard d'un homme qui glisse sur vous, vous détaille, vous déshabille, cela vous gêne bien sûr. Même si parfois, voir ses yeux briller quand il croise les vôtres, ou sentir son regard qui pèse sur vos épaules, cela,... eh bien cela vous fait chaud. Aux joues d'abord. Puis au ventre et plus bas encore. Dans ces replis mystérieux de votre corps que vous apprenez à connaître.
Vous ne portez rien sous votre chemisier si sage. Vous êtes certaine qu'il l'a déjà remarqué. Après tout, il vous l'a déjà dit "Chacun se bat avec les armes dont il dispose".  Alors si le lent balancement de vos seins sous la soie grège peut lui plaire et le pousser à l'indulgence à votre égard, pourquoi ne pas essayer.
Vous êtes assise, jambes sagement repliées, bien droite, les épaules rejetées en arrière. Suffisamment sûre de vous, de votre charme, de votre féminité pour vous autoriser un sourire.

Lui est debout sur l'estrade, il vous paraît grand, si grand. Il a en main ce long roseau dont il se sert habituellement pour animer ses cours.
"- Au tableau, Mademoiselle".
Quelle mouche l'a donc piqué ? Vous perdez de votre assurance. Sans doute veut-il vous voir de plus près. Vous voilà devant lui. Croiser les bras vous donnerait l'air d'une écolière, les joindre dans le dos serait pire encore. Alors vous les laisser pendre le long de votre corps. Il sourit.
"- Parlez-moi de Mallarmé" .
A défaut d'être facile, c'était attendu. Tout au long du trimestre, il vous a expliqué que ce poète le fascinait. Ses inventions lexicales, son goût immodéré pour les constructions compliquées, la musicalité de ces vers. Vous déroulez votre savoir. Le long roseau bat lentement la mesure au fil de vos explications. Il touche votre main. Ça pince. Vous sursautez ."Vous avez fait une erreur Mademoiselle, l'Après-midi d'un Faune ne date pas de 1898."
C'est exact, admettez-vous. Le jeu vous plaît. A chaque erreur, une petite tape sur votre main et vous corrigez votre exposé. Vous en commettez une exprès. Vous le sentez content. Et cela vous emplit de fierté.

"- A présent, récitez-moi le Sonnet en X".
Votre sourire se fige. Le trou, le trou béant. Comme il n'en arrive qu'en ces circonstances.
Vous commencez à ânonner : -
"- Ses purs...ses purs ongles très beaux 
- Très haut, Mademoiselle 
- Ses purs ongles très haut dérivant...
- dédiant, pas dérivant"

Et ainsi de suite. Ce n'est plus un échec, c'est une déroute , un fiasco. Vous cacheriez votre visage dans vos mains si vous étiez capable de pleurer. Mais la peur et la honte vous paralysent. Vous vous taisez, joues en feu, yeux baissés.
Il a saisi votre main et vous tourne contre la tableau. Vous vous y appuyez.
Vous ne réagissez pas quand vous sentez ses mains se glisser sous votre jupe.
Elles ont saisi votre culotte, si sage, si  comme-il-faut et l'ont amenée à hauteur de vos genoux.
Vous avez compris et vous ne bronchez pas.
Sa main gauche a relevé la jupe ample que vous portiez pour l'occasion et en a coincé les pans à votre taille. La droite a saisi la badine en roseau.
Cinq fois  sa main s'est abattue et cinq traits rougeâtres ont marqué  vos fesses. Cela mord, cela chauffe, cela marque peut-être mais vous ne vous en préoccupez pas. Vous êtes fascinée par ce qui se passe en vous. Cette boule qui se forme au creux de votre ventre, les pointes de vos seins qui durcissent, durcissent à vous faire mal. Et ce ventre qui se liquéfie. Il vous faut lutter contre l'envie de vous frotter au tableau.
Quand le dernier coup est tombé, il pose sa main grande, fraîche, tendre sur vos fesses meurtries. Et cela vous fait un bien fou.
"Je vous accorde 12/20, Mademoiselle" déclare-t-il.
Et vous vous entendez répondre "J'aimerais une autre chance, pour améliorer ma cote."
Vous lui souriez, de biais, l'air mutin.
"Avec plaisir Mademoiselle, mais je vous préviens, en seconde session, je suis très sévère"
"Chic", avez vous répondu avant de tourner les talons.


Et l'écho de vos pas résonne encore en mon cœur Mademoiselle
.


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