Ravie

Le temps était à l'orage. Vous aviez quitté le bureau pour rejoindre la gare à pied. Vous aimiez ces moments de solitude. La marche vous détendait permettant au vide de se faire dans votre esprit et de en pas ramener à la maison les problèmes du travail . Pour peu vous auriez joint l'utile à l'agréable en rejoignant la gare en courant. Mais votre jupe droite et vos talons vous interdisaient cette fantaisie. Hadrien vous avait voulu en secrétaire modèle et bien sûr vous aviez obtempéré. Vous aviez pu négocier l'absence de chignon mais pour le reste, le cliché était parfait. Vos bas vous donnaient chaud mais vous étiez heureuse de les porter pour lui. Où restait-il d'ailleurs, ce diable d'homme ? Vous en étiez déjà plus qu'à mi-chemin et aucune trace de celui qui vous avait fixé rendez-vous
Une fois le bois dépassé, il vous resterait à longer l'usine désaffectée et vous seriez arrivée.
Une goutte de pluie s'écrasa sur votre nez. Pas d'abri évidemment. Vous avez remonté la veste de tailleur pour vous protéger et commencé à presser le pas. Une voiture passa à vive allure, vous frôlant presque. La pluie redoubla. Un quatre fois quatre noir passa au ralenti. Vous le vîtes s'arrêter à une dizaine de mètres de vous. Une portière s'ouvrit côté passager. Vous vous êtes précipitée.
Deux mains qui vous agrippent et qui vous tirent à l'intérieur.
L'acier d'une lame sur votre cou. Vous êtes étourdie, surprise, paralysée.
L'homme par contre a des geste rapides et secs. Il vous enfile une cagoule de force. Vos poignets sont ramenés dans votre dos,reliés par des menottes d'acier...pas ces jouets que vous aimez, non, elles sont lourdes et froides. Elles font mal. Il vous couche sur la banquette arrière
Il a redémarré. Il conduit sèchement. Vous essayez d'imaginer le trajet mais très vite vos pensées s'embrouillent. La route devient mauvaise. Sans doute êtes vous en forêt. Aucun mot ne sort  de votre bouche. Vous avez la gorge sèche. Vous êtes tendue. Vous aimeriez pleurer, crier, hurler, mais rien ne sort.
La voiture s'est arrêtée; on vous extrait de votre siège, difficilement.
Le sol est inégal sous vos pas, des graviers, des pavés, votre ravisseur vous tient par le coude  pour vous éviter de tomber. Il s'est arrêté. Vous entendez sa voix pour la première fois, il a un léger accent, guttural, que vous ne reconnaissez pas. "Non, elle ne s'est pas trop débattue. C'est toujours la même chose avec les filles. La peur les paralyse. Tant qu'elles ne le sont pas au lit, c'est tout ce qu'on leur demande" Il rit, grassement. Ce rire suinte la cruauté. Vous commencez à avoir peur. Vraiment peur.
"Un joli petit lot, celle d'aujourd'hui. Elle sera parfaite pour l'exportation, enfin, moi c'est ce que j'en dis". Les images se bousculent dans votre esprit . Traite des blanches, voyage dans les cales d'un cargo, des grues sur des docks,  un bar miteux et des noms que vous pensiez oubliés : Tanger, Macao, Hong-Kong..Ce ne peut être vrai . Pas à notre époque.
L'homme a défait vos liens. Il vous pousse vers deux colliers de cuir reliés à des chaînes. Vos poignets sont tirés vers le haut. Il fait choir votre jupe, ouvre votre chemisier d'un  geste en arrachant les boutons. Son couteau se glisse sous la bretelle de votre soutien-gorge...puis dans votre string. Vous voilà pire que nue, seulement vêtue des lambeaux de votre tenue. Vous serrez les genoux. Fort, très fort. "Ainsi les acheteurs verront bien la marchandise".
Vous entendez un autre homme s'approcher. Vous le sentez tourner autour de vous. Son regard vous jauge. Vous en êtes sûre. Vous êtes une marchandise dont il va fixer le prix. "Va-t-il m'examiner les dents ?" pensez-vous tout à coup.
Les mains de l'homme se sont posées sur votre cou. Elles sont grandes et sèches. Qu'il vous étrangle. oui qu'il vous étrangle ici plutôt que de vous transformer en fille à matelots.
Vous l'entendez rire soudain.
Il enlève la cagoule que vous portiez toujours.
Vous le reconnaissez.
""

Vous avez été parfaite, comme toujours, Mademoiselle, le jeu va pouvoir commencer.

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