Breizh, ma bro
Les consignes d' Hadrien étaient claires. Vous auriez même dit limpides si cette aire de repos sur l'autoroute A1 à deux pas de la frontière belge n'était pas si lugubre à une heure aussi tardive. Par les vitres du restoroute vous aperceviez les silhouettes de quelques hommes, des routiers venus de l'Est probablement qui dégustaient un café avant d'aller passer la nuit dans la cabine de leurs semi-remorques. Vous avez mordu votre lèvre en pensant à ce qui se passerait s'ils se rendaient compte que....Chasser cette pensée, au plus vite, jamais votre amant ne vous aurait attiré dans pareil guet-apens.
Vous vous êtes garée à l'écart des camions, presque à la sortie du parking, puis êtes allée chercher le sac dans votre coffre. Hadrien vous avait demandé de faire un détour par Vannes pour le récupérer chez un ami qui habitait près des remparts. Vous en aviez profité pour faire un tour dans la vieille ville, déguster une galette et faire vos adieux pour un an à votre chère Bretagne.
Bien sûr, le contenu du sac ne fut pas une surprise : une paire de menottes, une autre, avec une chaîne plus longue pour les chevilles, un bâillon boule dont vous ne vous souveniez pas avoir usé, un bandeau de soie noir pour les yeux. Vous avez tiqué en voyant que "Slut" y était brodé en rose. Ce manque de goût vous étonnait. Sauf s'il s'agissait d'un message à destination d'un ..Revenons plutôt aux instructions. Se parer de tous les accessoires, se coucher sur la banquette arrière, attendre. Si simple. Le plus compliqué finalement fur de refermer la portière.
Étonnamment, le calme se fit dans votre esprit. Le cliquetis des fers, l'aveuglement , tout cela vous était familier et entrait dans le rituel de vos séances. Votre respiration se fit plus lente et vous avez repensé à ces deux dernières semaines.
Comme chaque année, vous étiez rentrée au pays, au pays bigouden, pour être précis où se trouvaient vos racines. Vous en aimiez les maisons basses et les arbres courbés par le vent venu de l'océan. Comme partout les églises avaient leur autel à l'Est mais la porte d'entrée ne lui faisait pas face, cela aurait signifié ouvrir aux pluies l'entrée du sanctuaire. Vous aviez revu l'ancien four familial à goémon, fait votre pèlerinage au phare d'Eckmühl en haut duquel, trois ans auparavant Hadrien vous avait demandé d'être sienne et où pour la première fois vous vous étiez mise à genoux devant lui.
Vous avez revu la bruyère et la lande, et le poul derrière la plage du Ster ou vous jouiez, enfant, évoqué la légende du Roi Marc, le roi cheval et des amants maudits Tristan et Iseult. Mourir d'aimer, parfois votre envie d'absolu vous emmenait à envier ces tourtereaux.
A ce moment, vous vous êtes souvenue que vos mains étaient entravées sur votre giron . En rentrant le ventre il devrait être possible de les glisser sous la ceinture de votre jeans et de là..de trouver une manière de tuer le temps.
Un sifflement a suspendu votre geste. Il y a un quelqu'un près de vous. L'air est lancinant, et il ne vous est pas inconnu. Instinctivement vous pensez à vous relever et à fuir. Impossible, il fait rester coite, espérer qu'il passe au loin. Vous vous êtes crispée . Vos yeux se sont fermés sous le bandeau. Vous n'êtes plus qu'ouïe, essayant de deviner le trajet de l'important. Un autre bruit se superpose à la musique. Il vous semble entendre distinctement grincer une roue de charrette. Cette fois la panique vous prend "l'Ouvrier de la mort, Santez Anna beniguet, non, pas lui..." La sueur perle à votre front. Vous n'avez qu'une envie : en finir et partir.Puis le bruit s'éloigne et le chant s'amuït peu à peu. Vous reprenez peu à peu le contrôle de votre respiration.
La portière a claqué à l'avant côté conducteur. L'eau de toilette d'Hadrien envahit l'habitacle. Il démarre.
"Pas un geste, pas un bruit, Mademoiselle, nous allons passer la frontière, n'éveillons pas le douanier qui dort. Je vous ramène à la maison. Les vacances sont finies"
Il ne vit pas l'homme grand et maigre, voûté, le visage caché par un large chapeau de feutre, qui se dirigeait vers le restoroute, en tenant une faux. Il était suivi d'une haridelle attelée à une carriole brinquebalante et grinçant à tout crin. Le vent sembla murmurer "Kenavo" dans la nuit.
Vous vous êtes garée à l'écart des camions, presque à la sortie du parking, puis êtes allée chercher le sac dans votre coffre. Hadrien vous avait demandé de faire un détour par Vannes pour le récupérer chez un ami qui habitait près des remparts. Vous en aviez profité pour faire un tour dans la vieille ville, déguster une galette et faire vos adieux pour un an à votre chère Bretagne.
Bien sûr, le contenu du sac ne fut pas une surprise : une paire de menottes, une autre, avec une chaîne plus longue pour les chevilles, un bâillon boule dont vous ne vous souveniez pas avoir usé, un bandeau de soie noir pour les yeux. Vous avez tiqué en voyant que "Slut" y était brodé en rose. Ce manque de goût vous étonnait. Sauf s'il s'agissait d'un message à destination d'un ..Revenons plutôt aux instructions. Se parer de tous les accessoires, se coucher sur la banquette arrière, attendre. Si simple. Le plus compliqué finalement fur de refermer la portière.
Étonnamment, le calme se fit dans votre esprit. Le cliquetis des fers, l'aveuglement , tout cela vous était familier et entrait dans le rituel de vos séances. Votre respiration se fit plus lente et vous avez repensé à ces deux dernières semaines.Comme chaque année, vous étiez rentrée au pays, au pays bigouden, pour être précis où se trouvaient vos racines. Vous en aimiez les maisons basses et les arbres courbés par le vent venu de l'océan. Comme partout les églises avaient leur autel à l'Est mais la porte d'entrée ne lui faisait pas face, cela aurait signifié ouvrir aux pluies l'entrée du sanctuaire. Vous aviez revu l'ancien four familial à goémon, fait votre pèlerinage au phare d'Eckmühl en haut duquel, trois ans auparavant Hadrien vous avait demandé d'être sienne et où pour la première fois vous vous étiez mise à genoux devant lui.
Vous avez revu la bruyère et la lande, et le poul derrière la plage du Ster ou vous jouiez, enfant, évoqué la légende du Roi Marc, le roi cheval et des amants maudits Tristan et Iseult. Mourir d'aimer, parfois votre envie d'absolu vous emmenait à envier ces tourtereaux.
A ce moment, vous vous êtes souvenue que vos mains étaient entravées sur votre giron . En rentrant le ventre il devrait être possible de les glisser sous la ceinture de votre jeans et de là..de trouver une manière de tuer le temps.Un sifflement a suspendu votre geste. Il y a un quelqu'un près de vous. L'air est lancinant, et il ne vous est pas inconnu. Instinctivement vous pensez à vous relever et à fuir. Impossible, il fait rester coite, espérer qu'il passe au loin. Vous vous êtes crispée . Vos yeux se sont fermés sous le bandeau. Vous n'êtes plus qu'ouïe, essayant de deviner le trajet de l'important. Un autre bruit se superpose à la musique. Il vous semble entendre distinctement grincer une roue de charrette. Cette fois la panique vous prend "l'Ouvrier de la mort, Santez Anna beniguet, non, pas lui..." La sueur perle à votre front. Vous n'avez qu'une envie : en finir et partir.Puis le bruit s'éloigne et le chant s'amuït peu à peu. Vous reprenez peu à peu le contrôle de votre respiration.
La portière a claqué à l'avant côté conducteur. L'eau de toilette d'Hadrien envahit l'habitacle. Il démarre.
"Pas un geste, pas un bruit, Mademoiselle, nous allons passer la frontière, n'éveillons pas le douanier qui dort. Je vous ramène à la maison. Les vacances sont finies"
Il ne vit pas l'homme grand et maigre, voûté, le visage caché par un large chapeau de feutre, qui se dirigeait vers le restoroute, en tenant une faux. Il était suivi d'une haridelle attelée à une carriole brinquebalante et grinçant à tout crin. Le vent sembla murmurer "Kenavo" dans la nuit.
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