Mademoiselle (c'est vous)...et Monsieur (c'est moi)

J'aime les mots, vous le savez. Ce sont des amis chers que je fréquente depuis ma plus tendre enfance. J'ai appris à lire quasi seul à une époque où on ignorait ce qu'était un enfant à haut potentiel ou un trouble de l'attention. A cinq ans, j'ai trouvé dans un vieux dictionnaire Larousse à la couverture rapiécée, une illustration montrant Achille, le héros grec traînant derrière son char le cadavre du malheureux Hector. J'ai donc demandé à ma grand-mère qui me gardait "C'est quoi, un cadavre ? " et devant son air interloqué, j'ai ajouté "le cadavre d'un homme mort"..Quelques semaines plus tard , j'intégrais -en février- une classe de première année que j'allais boucler en terminant premier. Mais je m'égare. Parlons plutôt de vous .
J'aime le mot "Mademoiselle" pour bien des raisons . D'abord parce qu'il est typiquement féminin et n'a pas son équivalent chez les hommes. Des féministes des années 70 ont tenté d'imposer "Mondamoiseau" , à l'hilarité générale. "Mademoiselle" fleure bon le XVIIIè siècle , les robes à crinolines , les mouches au coin des lèvres et le divin Marquis à l'affut de ces belles pour leur faire rougir autre chose que leurs jolies joues.
Non content d'être désuet, ce mot est mal vu aussi. Il est banni des correspondances officielles comme des exordes des discours. Adieu  les "Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs" des inaugurations et des remises de prix. Les censeurs de tout poil, et Dieu sait s'ils abondent,  ont décrété  politiquement incorrect de s'adresser aux dames selon le seul angle de leur disponibilité sexuelle puisque Mademoiselle est censée être à prendre, quand Madame est déjà prise. Et tant pis pour celles, pas si rares, qui s'en servaient comme d'un étendard pour affirmer à la  face du monde qu'on pouvait être une femme, sans être "la femme de".
Mais, le plus émoustillant dans ce mot de "Mademoiselle", c'est ce qu'il sous-entend d'inégalité dans les rapports humains. Et au fond, c'est ce que nous aimons quand nous jouons, vous et moi.
Et Monsieur ? Ah Monsieur ! C'est un mot qui vient...qui vient de loin. Au Moyen-Age, c'est un doublon de "Seigneur" et une variante de "Sire", donc la manière d'appeler quelqu'un de puissant, qui a de l'autorité sur un territoire, éventuellement un pouvoir fiscal, voire judiciaire. C'est ainsi d'ailleurs qu'en France "Monsieur" désigne le frère du Roi, celui qui est à un battement de cœur du trône. L'Eglise, elle appelle Monseigneur ses quelques 5.000 évêques, mais réserve à ses princes, les Cardinaux (un peu plus de 200) le titre de "Monsieur".
Enfin, on peut être un maître en certaines matières, (déjà être maître de soi, est pour certains un exercice qui outrepasse - et de loin- leurs compétences) ou maître d'une esclave, ce qui est une tout autre histoire. Mais de toute évidence on n'est toujours "Maître en" ou "Maître de" Et tout dépend de ce qui suit la préposition.
Par contre, il ne dépend que de vous, d'être un gentleman ou si vous préférez, un grand Monsieur. C'est donc de la sorte que vous m'appellerez.

Me suis-je bien fait comprendre, Mademoiselle ?


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