Pourquoi moi ?

 C'était lors d'une de nos premières rencontres. Ces instants magiques où l'on découvre tout de l'autre : son corps, son odeur, son goût même. Et puis tous ces gestes que l'on fait machinalement sous son regard alors que jamais, au grand jamais, on n'aurait osé les poser quelques semaines plus tôt. Oui, mais ça c'était avant.

La séance d'hier avait été longue et rythmée de vos orgasmes et de vos cris. Quand je vous avais détachée du chevalet, vous vous étiez littéralement écroulée. Je vous ai pris dans mes bras pour vous emmener vers la salle de bain où j'avais lavé la sueur qui perlait partout sur votre corps. Puis je vous ai mis au lit, totalement abandonnée, déjà au pays des rêves ou de la jouissance. Je vous ai murmuré "Merci, Christine" à l'oreille. Vous avez esquissé un sourire endormi et articulé "Encore, encore" avant de retomber sur l'oreiller.

Le matin nous trouva enlacés. Un faible rayon de soleil se frayait son chemin sous les stores vénitiens et un véritable concert de passereaux nous souhaitait bon dimanche. Vous vous êtes étirée, féline, aguicheuse, tentant de réanimer vos muscles qui hier avaient été tant sollicités. Vous aviez le sourire repu et épuisé de celles qui ont été utilisées. "Pourquoi moi ? " m'avez vous demandé.

J'ai passé la main autour de vos épaules

"Parce que c'est vous et parce que c'est moi. Parce que nous brûlons de la même flamme, même si vous n'en êtes qu'aux prémices de cette découverte. Parce que votre tête se pose naturellement sur mon épaule et que votre main trouve sa place au creux de la mienne. Parce que vous fondez quand mes yeux se font noirs et vous fixent. Parce que votre peau se couvre de frissons dès que je hausse la voix. Parce que vous êtes élégante et que j'aime chacun de vos gestes : votre main qui lisse votre jupe quand vous allez vous asseoir, celle qui masque votre décolleté quand vous penchez. Parce que votre âme et la mienne battent l'amble et que nous respirons de concert . Parce que j'ose dire que je suis unique et que j'affirme que vous l'êtes aussi. Parce que jadis nous dit Platon, les humains étaient doubles et tellement puissants que les Dieux prirent peur. Parce que Zeus en son courroux les sépara et que depuis nous  recherchons  notre moitié. Parce que j'ai parcouru la moitié du monde à votre recherche depuis tant de temps que j'en ai perdu la mémoire. Parce que je vous ai trouvée. Parce que vous êtes mienne. Que vous le savez et que je le sais aussi."

Vous m'avez offert vos lèvres et posé la tête sur ma poitrine.
Vous sembliez heureuse et moi j'étais rempli d'orgueil.


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