lettre de christine (doc de travail)

 Mon Hadrien,

J’écris sans savoir si tu liras ces mots. Peut-être resteront-ils dans mon carnet, peut-être te les glisserai-je un jour dans la paume, comme on offre une clé.

Je me découvre à t’aimer d’une manière que je ne comprends pas. Ce n’est pas l’amour tranquille qu’on m’a décrit autrefois, celui qui se contente des gestes convenus. C’est un amour qui me fait trembler, qui me déshabille jusque dans mes pensées. Quand je ferme les yeux, je sens encore ton odeur sur mes cheveux, la chaleur de ta main sur ma nuque, ce silence qui nous enlace plus fort que mille paroles.

Tu as fait de moi une femme qui s’agenouille sans honte. Une femme qui ouvre les mains et les cuisses, qui se laisse lier, qui se laisse lire. Dans ton regard, je ne suis ni coupable ni soumise : je suis offerte. Et c’est dans cet abandon que je me sens la plus libre.

Je pense à tes gestes comme on se souvient d’une prière : le cuir qui effleure, le souffle qui précède, l’attente suspendue avant que tout bascule. Je voudrais que tu traces sur moi des cartes que je ne connais pas encore, que tu me guides vers ces rivages où la douleur et le plaisir se confondent, où je ne sais plus où je commence, où je finis.

Il m’arrive de caresser les marques que tu laisses. Fines, discrètes, elles sont mes bijoux secrets. Le monde les ignore, mais moi je sais : elles disent que je suis à toi, que tu m’as choisie. Et j’en suis fière.

Quand tu poses tes mains sur mon visage et que tu me dis “ma seule déesse, c’est toi”, j’ai envie de pleurer et de sourire en même temps. Parce que je n’ai jamais été une déesse pour personne. Parce qu’avec toi, je deviens plus que moi-même.

Alors je t’écris ceci, comme une promesse et comme une supplique :
Continue à me lier, à me brûler, à me marquer. Fais de moi ton œuvre. Et quand viendra le moment — tu sais lequel — je te le demanderai moi-même.

Christine

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