LE PUB DE clifden
Le pub de Clifden
La nuit tombait sur Clifden et les pubs s’ouvraient comme des lanternes. Dehors, le vent d’ouest rabattait l’odeur du sel et des tourbières ; dedans, c’était la chaleur, la sueur, la bière et la musique. Violon, bodhrán, flûte : un trio enragé qui tirait des cris aux cordes et aux cœurs.
Hadrien avait trouvé une table au fond, près de la cheminée. Christine, d’abord assise à ses côtés, s’était laissée happer par la danse. Les locaux l’avaient entraînée sans demander son avis, mains rugueuses, rires éclatants, claquements de pieds sur les lattes du plancher. Sa jupe tournoyait, ses cheveux s’éparpillaient ; elle riait, haletante, ivre de fatigue et de joie mêlées.
Hadrien la regardait. Il ne souriait pas comme les autres. Il avait cette expression grave qui, chez lui, remplaçait l’ivresse. Les chansons se succédaient — airs d’indépendance, appels à la révolte et à la fidélité. Come Out, Ye Black and Tans fit trembler le plancher ; puis vint The Foggy Dew, solennel et farouche.
Quand le refrain monta, Hadrien se leva. Sa voix grave s’ajouta à celles des hommes, sans forcer, mais avec une intensité qui fit tourner quelques têtes. Christine, arrêtée dans son pas, le regarda comme si elle le voyait pour la première fois.
À la fin du morceau, il revint vers elle. Ses joues étaient rouges, ses cheveux humides. Elle riait encore, mais en silence maintenant.
Il se pencha à son oreille, parla bas, presque pour lui seul :
— Je suis du côté de ceux qui défendent leur terre…
Une pause. Son regard plongea dans le sien.
— … et leur femme. Toujours.
Christine ne sut que répondre. Elle sentit seulement quelque chose en elle céder — comme une corde qu’on relâche et qui bat doucement dans le vent.
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