Le camp (journal de Christine)

 C'était un dimanche d'été, fin juillet début août, je ne sais plus. Nous n'avions pas prévu de nous voir mais Hadrien est passé me saluer à la maison. Nous n'en étions pas au point d'évoquer de vivre ensemble. Tout était neuf entre nous. Bref, j'étais occupée à la lessive et il s'est emparé de la manne de linge sale pour m'aider. Soudain je l'ai vu blêmir. Il tenait en mains la chemise scoute de mon fils qui était revenu du camp deux jours auparavant. "Tu sais j'ai porté la même, il y a ...tu ne devais pas être née. J'étais dans la troupe du village patronée par le curé de l'époque, un ancien missionnaire qui n'avait pas vraiment oublié le Congo. J'avais neuf ou dix ans. Nous étions partis en camp, du côté de Namur, dans une ferme. C'était, on va dire rustique. L'eau au robinet, les toilettes un trou dans un sous-bois et peu de savon à l'horizon. Je logeais sous tente avec deux gars de mon âge. Un jour pendant la sieste, les dirigeants m'ont demandé de les rejoindre à la ferme pou un nouveau jeu. Ils voulaient vérifier m'ont-ils dit que j'étais un homme. J'ai dû me coucher sur une table et ils m'ont maintenu les bras et les jambes. Puis tour à tour ils m'ont caressé. Le plus grand, le fils du Bourgmestre à glissé la main sous mon short et a commencé à me tripoter. Je me suis débattu, je me suis tortillé, un pied s'est libéré et à fini sur le nez de mon tortionnaire. Je me suis échappé et j'ai rejoint ma tente. Le reste du camp fut un enfer. J'étais de toute les corvées. Une nuit mes deux camarades de tente me sont tombés dessus, je me suis battu tout seul, contre eux comme la chèvre de Monsieur Seguin. Au matin, j'étais encore vivant avec un splendide oeil au beurre noir et la lèvre fendue. Bien sûr lors de l'appel j'ai été puni. Par chance, mon grand-père était encore en vie. Et il avait décidé de rendre une visite surprise à son petit-fils unique et préféré. Il m'a découvert tout crotté, a averti mes parents et ma période scoute s'est arrêtée là. Il n'y a pas eu de suite : la parole d'un enfant contre celle du curé et du fils du Bourgmestre, tu penses...Bref, à la rentrée suivante, je me suis mis au judo."  Il s'est arrêté un moment puis a repris "Si quelqu'un devait s'en prendre à ton fils, ou  à toi, je t'assure qu'il ne le fera qu'une fois". Il était au bord des larmes aussi je l'ai laissé partir; peut-être aurais-je dû le prendre dans les bras, mais je n'ai pas osé. J'ai vu un ours blessé...Mon ours à moi.

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