ECARLATE ET TOURBE
Ils avaient quitté le cottage aux murs blanchis à la chaux au milieu de l’après-midi. La lumière, filtrée par les nuages, donnait au Connemara une douceur inattendue. Les collines de tourbe s’étendaient à perte de vue, parsemées de pierres grises et de lacs immobiles que caressait un vent salé venu de l’Atlantique. Entre les herbes hautes, des buissons de fuchsias sauvages éclataient en petites flammes écarlates, comme si la lande elle-même brûlait d’un feu discret.
Christine avait retiré son haut et son soutien-gorge avant de sortir. Elle ne portait que sa jupe légère et le collier au cou. Cette nudité partielle, offerte à l’air tiède, avait quelque chose d’irréel : elle n’était ni provocante ni honteuse, mais d’une simplicité nue, presque sauvage.
Hadrien, lui, était resté habillé — chemise claire, pantalon sobre. Il ne commenta pas. Il prit simplement sa main. Et ce geste, banal pour quiconque l’aurait vu, contenait pour eux deux une vérité éclatante : elle était à lui, et il la guidait dans ce silence absolu.
Ils marchèrent longtemps. Le vent jouait dans ses cheveux mi-longs, soulevait la jupe par instants. À chaque pas, Christine sentait le collier plus lourd que sa nudité. Ce n’était pas son corps qui s’offrait, mais tout ce qu’elle était devenue depuis qu’il avait posé ce signe sur elle.
Quand ils atteignirent la rive d’un lac, l’eau calme reflétant le ciel bas, Christine s’arrêta. Sans un mot, elle lâcha sa main, fit un pas en avant et s’agenouilla sur l’herbe encore tiède de soleil.
Hadrien resta immobile derrière elle. Le temps sembla se figer : juste le vent, les cris d’un oiseau et les battements de son cœur. Puis il s’approcha, posa doucement ses mains sur ses épaules et la releva.
Il ne parla pas. Il prit simplement sa main et y posa ses lèvres, dans un baise-main d’une lenteur presque cérémonielle. Leurs regards se croisèrent. Alors elle sut. Et ils s’embrassèrent, debout au bord de l’eau, seuls au monde.
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