DUNN AONGHASA
La falaise de Dun Aonghasa
Le soleil descendait lentement vers l’horizon. À l’ouest, l’Atlantique s’embrasait de reflets cuivre et pourpre, ses vagues heurtant la falaise dans un grondement sourd. Le vent, chargé d’embruns, balayait la lande et s’engouffrait entre les murs de pierre sèche de la forteresse.
Christine marchait en silence derrière Hadrien. Ils avaient quitté le port bien avant la foule des ferrys. Maintenant, les îles d’Aran leur appartenaient : rien que le vent, la mer, et la rumeur antique de Dun Aonghasa.
Ils franchirent l’ultime mur de pierre et la falaise apparut, abrupte, verticale, plongeant à pic dans l’océan. Christine s’arrêta, saisie par le vide. Le vent tirait sur sa jupe, s’accrochait à ses cheveux mi-longs. Hadrien ne dit rien.
Elle avança de quelques pas. Ses sandales crissèrent sur la pierre nue. Le bord était là, à peine un mètre devant elle. Le gouffre grondait. Un seul pas de plus et il n’y aurait plus rien — que l’air et la mer.
— Penche-toi, dit Hadrien calmement.
Elle tourna la tête. Son regard était fixe, tranquille. Pas un ordre crié — une invitation nue.
Christine hésita. Ses mains tremblaient. Le vent la poussait en arrière, puis en avant, comme un souffle joueur. Elle ferma les yeux, inspira profondément, et se pencha. Le vide lui monta au visage comme une vague.
Elle sentit les mains d’Hadrien dans son dos. Non pour la retenir — mais pour être là. Ce n’était pas un geste de sauvetage, mais de présence : Si tu tombes, je tombe avec toi.
Un instant, elle crut que la mer l’aspirait. Puis elle se redressa d’un coup, haletante, le cœur battant à rompre. Elle rit — un rire nerveux, enfantin. Hadrien la regardait, immobile, comme fasciné par ce mélange de peur et d’abandon.
Elle se jeta contre lui. Ils s’embrassèrent au bord du vide, le soleil disparaissant derrière l’horizon. Les pierres de Dun Aonghasa se couvraient d’ombre.
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