athlone variante

 Le matin, Christine avait choisi de rester en ville. Elle avait trouvé un café tranquille près de la rivière, avec du Wi-Fi, et profitait de la pause pour prendre des nouvelles de ses enfants. Un appel vidéo, quelques sourires, des phrases banales : « Tout va bien ? Tu as mangé ? Bonne chance pour ton examen. » Rien de spectaculaire, mais cette normalité-là lui était précieuse.

Hadrien, lui, avait préféré marcher seul. La forteresse d’Athlone se dressait au bord du Shannon, massive et grise, vestige des guerres passées. Il en parcourut les remparts presque vides à cette heure. Le vent sur ses épaules, le fleuve à ses pieds, il songeait.

Au début, c’était simple. Elle s’agenouillait, j’ordonnais, elle obéissait. Des gestes clairs, des codes sûrs. Je savais où je me tenais, elle savait où se mettre.
Et maintenant ? Plus je l’aime — oui, c’est bien ça, même si je ne l’ai pas dit — moins je frappe. Moins j’ai envie de frapper. Et pourtant… je sens qu’elle en a encore besoin. Non par goût de la douleur, mais parce que ça la tient debout. Ça la cadre, comme une ceinture qu’on serre pour mieux respirer.

Il s’arrêta près d’un canon rouillé tourné vers le fleuve.

Je marche sur un fil. Entre le fouet et le baiser. Entre ce qu’elle attendait et ce qu’elle n’osait pas espérer. Et moi… moi je ne sais plus si je la domine ou si je la protège.

Il sourit malgré lui. Peut-être les deux.

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