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— Monsieur Hadrien ? Il y a un problème. Le chef de cabinet bloque l’envoi des invitations.
C’est la grande patronne. En ligne directe. Pas un appel qu’on ignore.
Je raccroche, saute dans mes chaussures. Je suis tout jeune chargé de communication — à peine trentenaire — et déjà plongé dans un théâtre d’ombres : la grande institution, ses services, ses cabinets, ses egos.
Techniquement, les dossiers sont préparés par l’administration. Politiquement, ils sont validés par les ministres et leurs entourages. Dans la réalité, cela frictionne souvent. Et ce jour-là, ça frictionne sec.
Devant la porte du chef de cabinet, Véronique pleure.
Une secrétaire douce, appliquée, très correcte.
C’est la dix-neuvième version de sa lettre d’invitation qui lui revient rejetée. Je demande à voir : rien de choquant, pas de faute. Une phrase polie, une heure, un lieu, un petit-déjeuner. Rien qui mérite la moindre larme. Et pourtant, elle est en miettes.
Je frappe.
À peine entré, il m’aboie dessus :
— Vous êtes une bande d’incapables, même pas foutus d’écrire deux lignes sans faire saigner les yeux.
Je me redresse. Il me jette un parapheur. Je l’esquive d’un pas sec.
Il se lève. Grand, nerveux, le regard chargé.
— Incapable. Paresseux.
Je recule, mais je suis dos au mur. Il s’approche. Trop.
Alors… le corps prend le relais.
Coude au menton. Crochet à la tempe. Direct au nez.
Un, deux, trois. Il hurle. Les lunettes explosent. Il saigne.
J’ai frappé.
Je sors. Mon sang cogne dans mes tempes.
Je balance mon poing dans le mur en placo. Il cède. Moi aussi.
Je me laisse tomber au sol, la cravate en travers du torse, haletant comme un chien.
Deux huissiers se penchent sur moi, un pied dans le chaos.
— Lancez les invitations, ai-je juste le temps de souffler.
Trois mois plus tard, j’étais devant la commission disciplinaire.
J’ai raconté les faits, présenté mes excuses. Subi les sermons.
On m’a rétrogradé, muté. Sanction juste, sans appel. J'ai accepté sans broncher
À la fin, la grande patronne m’a retenu un instant.
— Quelque chose à ajouter, Monsieur Hadrien ?
— Oui, Madame. Il a eu ce qu’il mérite. Mais il ne s’en rend pas compte.
Ses yeux ont souri. Juste un instant.
J’ai purgé ma peine. J’ai regagné mon grade.
Dix ans plus tard, il a été révoqué pour harcèlement moral.
Je n’ai jamais regretté.
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