Dernier jour de classe

Les élèves ânonnaient  le texte que vous leur aviez  imposé. On ne pouvait pas vraiment parler de lecture cursive tant ils déchiffraient le texte d'Aragon avec difficulté. Et cette idée, aussi, de donner aux personnages des prénoms si compliqués. Passe encore pour Aurélien, il aurait fait un chanteur de  Boys band acceptable mais qui aurait eu l'idée saugrenue de baptiser sa fille Bérénice.  Aucune de vos collègues ne s'y serait risquée. Alliez-vous leur parler de l'empereur triomphant et de la princesse de Judée ?  Non, ce serait du temps perdu. Le printemps tardait à poindre et vous vous languissiez d'une promenade dans vos chères montagnes. Vous vous êtes assise à votre bureau et avez ouvert la lettre pour la troisième fois en moins d'une heure. Vous connaissiez son contenu par coeur : porter votre lingerie préférée, passer à votre doigt la bague qui vous rappelait votre condition, mettre une jupe ample et surtout, insérer en vous une oblongue capsule en silicone qui ne vous disait rien qui vaille. Vous connaissiez déjà les boules de geisha. Hadrien vous obligeait parfois à les garder une soirée entière au restaurant ou au spectacle. Elles avaient le don de vous troubler outre mesure et de transformer votre chair en miel le plus tendre. Vous avez donc obéi, comme toujours. Le cours touchait à sa fin. Les élèves se levaient pour quitter la classe quand votre téléphone tinta "Restez sur place, je vous rejoins. H. " C'était donc là la surprise qui vous attendait. Au début de la relation, vous l'interrogiez pour savoir comment vous alliez passer vos moments d'intimité. Puis vous avez accepté les règles de son jeu : vous rendre disponible et vous laisser aller. Vous saviez que vous seriez choyée, humiliée, sans doute attachée et peut-être pire encore mais Hadrien tenait à ce qu'à chaque fois vous fussiez surprise. Accepter ce seul fait faisait déjà de vous sa soumise. Vous aviez dégagé votre soirée. Un sourire se forma sur vos lèvres.

La silhouette massive de votre amant s'encadra dans la porte. Vous êtes descendue de l'estrade pour vous diriger vers lui, à petits pas. Sagement vous avez croisé les mains dans le dos, comme si vous étiez menottée et avez tendu vos lèvres "Je suis votre soumise, Maître".  Son étreinte vous montra sa force.

J'aimerais que vous me lisiez ceci, Mademoiselle. Sans vous interrompre sous aucun prétexte.

Vous avez saisi le livre, un fort volume cartonné au dos rouge et à la tranche dorée et vous êtes agenouillée devant lui. 

"Son amant emmène un jour O se promener dans un quartier où ils ne vont jamais, le parc Montsouris, le parc Monceau. A l'angle du parc, au coin d'une rue où il n'y a jamais de station de taxis, après qu'ils se soient promenés dans le parc et assis côte à côte au bord d'une pelouse, ils aperçoivent une voiture, avec un compteur, qui ressemble à un taxi. "Monte" dit-il..."

Quelque chose de doux vibra dans votre  ventre. Vous avez levé les yeux, surprise, le souffle coupé.  Hadrien vous regardait d'un air rieur. Il tenait à la main une télécommande dirigée vers vous et se réjouissait de vous avoir à sa merci.

"Vous êtes ici au service de vos maîtres. Le jour durant, vous ferez telle corvée qu'on vous confiera pour la tenue de la maison, comme de balayer, ou de ranger les livres ou de disposer les fleurs ou de servir à table. Il n'y en a pas de plus dures. Mais vous abandonnerez toujours au premier mot de qui vous l'enjoindra, ou au premier signe, ce que vous faites, pour votre seul véritable service, qui est de vous prêter. Vos mains ne sont pas à vous, ni vos seins, ni tout particulièrement aucun des orifices de votre corps , que nous pouvons fouiller et dans lesquels nous pouvons nous enfoncer à notre gré"

Les vibrations s'intensifiaient, Une bouffée de chaleur vous prit, puis une autre. Vous auriez aimé vous lever, faire quelques pas, adoucir le tourment qui enflammait vos cuisses. Le regard d'Hadrien vous immobilisait mieux que des chaînes. Il vous laissa reprendre votre souffle. 

"Mettez vous donc à l'aise si vous avez trop chaud, mais lisez, lisez toujours."

Vous avez ôté votre top et offert votre poitrine à son regard. Vous saviez qu'il appréciait ce spectacle par-dessus tout. Et vous aviez choisi dans votre armoire à dentelles une parure orange qui mettait votre teint en valeur.

"Vous ne l'avez jamais attachée ? 

-Non, jamais

-Ni fouettée ? 

-Jamais non plus, mais justement...." C'était son amant qui répondait

"Justement, dit l'autre voix. Si vous l'attachez quelquefois, si vous la fouettez un peu et qu'elle y prenne plaisir, non . Ce qu'il faut c'est dépasser le moment où elle prendra plaisir, pour obtenir les larmes"

Les vibrations reprirent, plus fortes, vos soupirs aussi. Verser des larmes pour un homme , cela vous était arrivé dans votre jeunesse. Un godelureau qui vous avait bercé de belles paroles puis vous avait jeté de son lit une fois vos faveurs obtenues. Mais qu'on puisse froidement, envisager de vous faire pleurer...Pourtant soumise à la douce torture de l'oeuf vibrant, vous vous sentiez prête à tout. Allez au bout du lâcher-prise. Si vous abandonniez votre bouche à son sexe, serait-ce pire d'éclater en sanglots ? 

"Et je ne me sentais que plus belle, désirable et amoureuse ces fers ainsi passés à mes poignets, le fouet claquant mes reins"

Cette fois le bourdonnement était maximal, vous avez senti une boule de feu se former dans votre ventre et vos chairs se liquéfier, Une fois, deux fois, trois fois, les contractions vous prirent et vous avez serré l'objet intrus de toute la force de votre sexe. Il y eut deux petits cris, puis un long, très long hurlement de plaisir.

"Vous lisez merveilleusement, Mademoiselle'



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