L'attendre telle qu'il me veut.


Vous vous êtes levée tôt ce jour-là. L'hiver avait blanchi les campagnes et la journée s'annonçait ensoleillée mais froide. Une douche rapide pour vous réveiller, une tasse de café chaud, rien d'autre ne passait. Vous battre avec le porte-jarretelles qui tirebouchonnait, comme chaque fois. Ce serait votre cadeau pour Hadrien. Vous savez qu'il apprécierait l'attention même si votre nervosité vous faisant pester en ce moment . Un passage à la table de maquillage, puis la jupe sage et le chemisier qu'on enfile. Le look d'une employée ou d'une secrétaire. Sauf que nous étions dimanche et que vous n'alliez pas au travail.
La petite gare, le train qui cahote un peu, direction la capitale. Vous essayez de lire pour passer le temps mais vous n'arrivez pas à vous concentrez. Les consignes reçues vous trottent en tête. Sortir de la gare, traverser la place en diagonale, suivre l'avenue jusqu'à la fontaine. .Tourner à droite, l'hôtel  de jour se trouve au numéro 17.
Le train est quasi vide : une famille qui part sans doute au littoral, deux amoureux perdus l'un dans les yeux de l'autre. Votre téléphone tinte. "J'espère que votre voyage se déroule bien Mademoiselle, je serai heureux de vous revoir". Cela vous rassérène un peu. Vous fermez les yeux, vous aimeriez sommeiller pour que le temps passe plus vite.
Enfin, le paysage se referme, les habitations ont succédé aux champs. Un tunnel, puis un second. Le train ralentit.
Vous sortez, il ne faut qu'un moment pour vous orienter. Vos talons claquent sur les pavés. Aucune envie de vous laisser distraire, vous marchez vite, le visage fermé, tendue vers votre but. Votre pas ralentit en approchant de l'hôtel. Des pigeons  s'envolent devant vous dans un grand bruit d'ailes. Une grande respiration et vous entrez.
Le lieu est sombre, une femme sans âge se tient derrière le bureau d'accueil. Vous baissez les yeux pour lui chuchoter "la chambre 13 s'il vous plaît". Après un temps qui vous paraît interminable, elle vous tend une clé "Premier étage".
Vous vous précipitez dans l'escalier sans remarquer le papier défraîchi et les tableaux d'un autre âge qui le décorent. Les boiseries sont sombres, les lumières tamisées. Vous n'avez qu'une idée : atteindre la chambre. Ouvrir la porte,la refermer derrière vous, jeter un œil à votre montre, passer à la salle de bain pour un raccord de maquillage. Revenir dans la chambre. Un lit à baldaquin en occupe plus de la moitié. Des images se forment immédiatement : attachée aux montants et cravachée ou écartelée sur le lit, comme un X majuscule, votre intimité  béante ouverte aux yeux et aux doigts de votre amant, sans possibilité de l'y soustraire.
Ouvrir l'enveloppe, lire les instructions, esquisser un sourire.
Puis libérer vos seins et votre sexe de leurs dentelles. Reboutonner le chemisier en prenant soin de laisser les deux derniers boutons ouverts. Prendre sur le lit le bandeau et les lourdes menottes d'acier.
Vous positionner face à la porte. Il ne doit voir que vous en entrant. Refermer l'anneau sur votre poignet gauche, poser le bandeau sur vos yeux, puis ramener les mains dans le dos et emprisonner l'autre main.
Vous êtes soulagée, vous l'avez fait. Ici, en ce lieu inconnu, uniquement protégée par le tissu si fin de vos vêtements, privée de vue et mouvement. Vous l'avez fait et doucement cette pensée vous envahit. Vous sentez la chaleur vous envahir et doucement vous remplir le ventre. Vous aimeriez apaiser vos bouts  qui tendent le tissu. Les bruits de la rue sont tout ce qui vous raccroche au monde. Des enfants qui jouent, un camion qui passe au ralenti.
Des pas dans l'escalier. Ils se rapprochent. Vous entendez la porte grincer, se refermer et la clé qui joue dans la serrure. Et si ce n'était pas lui ? Vous vous tenez droite, comme pour une inspection. Une main familière se pose sur votre peau. Quelque chose de métallique se promène sur votre cou.
Vous vous sentez impuissante, offerte, excitée.
Votre cœur bat à tout rompre .
Vous vous sentez fière et humiliée à la fois.
Et votre corps se tend à cette pensée
Vous vous sentez bien.
Et le feu déjà vous dévore

Vous entendez à peine murmurer "Bienvenue Mademoiselle"



Commentaires

  1. Très beau récit, excitant à souhait qui me rappelle mes débuts dans ce monde parallèle :p

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