Préludes aux Nuits

I'm fond of habits and rites..(Sir Stephen)

Il y a deux régions de France, Mademoiselle, pour lesquelles j'ai une affection particulière. La première est la Bretagne, dont nous reparlerons, j'en suis sûr. L'autre est également un ancien duché qui voulut un jour se faire plus grand qu'un royaume. Je veux parler de la Bourgogne. Il faut dire que nous partageons deux siècles d'histoire commune, du temps des Grands-Ducs d'Occident, de l'universelle aragne, des foires de Flandre et de Provins ou de Quentin Durward. D'ailleurs dans nos marges du Nord "burgondisch leven", vivre à la bourguignonne est encore synonyme d'épicurisme, de bonne chère et de joie sans pareille. Savez-vous que les bâtons noueux de Bourgogne ornaient les pavillons des seules nefs à relier Bruges et Constantinople. Et que les Byzantins les adoptèrent comme insigne de leur marine. Ils flottent encore aujourd'hui, sous forme de croix de Saint-André aux mats des croiseurs de la flotte russe, celle-là même qui croise en Méditerranée à l'heure ou nous parlons. La Bourgogne, ou plutôt le Bourgogne, c'est aussi le souvenir d'un voyage lointain sur la trace des abbayes romanes, de cette petite auberge en pierre blondes des environs de Tournus et du premier Nuits-Saint-Georges que j'y ai bu. J'étais jeune, enthousiaste, la fille qui m'accompagnait était amoureuse, la deux-chevaux Charleston nous suffisait pour nous déplacer et camouflait nos ébats, cet été là. J'ai gardé pour ce cru une tendresse toute particulière.


Donc la nuit va bientôt tomber et je me hâte vers votre appartement. La semaine a été rude, très rude même pour tous les deux et je me réjouis de ce week-end que nous allons passer ensemble. Quand je sors de l’ascenseur, je vois un rai de lumière sous votre porte entrouverte . Je ne peux m'empêcher de sourire car je sais que vous êtes prête.
Je pénètre dans l'appartement et m'assied sur le fauteuil Voltaire. Une valse se Chopin s'échappe de la chaîne hi-fi . Son infinie mélancolie sied à ce soir d'automne. Quelques bougies éclairent la pièce. La  porte de la cuisine s'ouvre sans bruit et vous apparaissez à contre-jour.
Vous avez lâché vos cheveux qui sautent sur vos épaules. Vous êtes nue jusqu'à la taille. Et l'acier froid d'un collier orne votre cou. Vous portez une longue jupe de satin blanc qui va jusqu'au sol ou presque et vous donne l'air d'un fantôme préraphaélite. Vous êtes immobile, tenant devant vous un plateau sur lequel repose un verre du précieux nectar. J'incline la tête pour vous saluer et vous avancez jusqu'au fauteuil. C'est l'instant délicat et celui pour lequel vous avez renoncé à vos chers escarpins pour vous mettre pieds nus. D'un geste souple, délié et puissant à la fois, vous vous agenouillez. Un sourire et vous me présentez le plateau. J'ai le verre en main, je le mire, le hume, le réchauffe en le faisant tourner. Vous avez posé le plateau et pris la position d'attente. Les genoux bien écartés, les mains posées sur les cuisses, paumes  en l'air, yeux baissés. Votre jupe cache vos cuisses et votre sexe mais je sais que vous vous êtes épilée avec soin. Il vous faut être lisse pour votre maître et vous vous pliez de bon gré à cette exigence. Mes yeux suivent la courbe de vos épaules, l'arrondi de vos bras. Ils se posent sur votre poitrine qui se soulève lentement au rythme de votre respiration. Les pointes de vos seins sont dressées. Je sais que vous aimez ce moment. Et vous ne pouvez me le cacher. Je devine la chaleur qui croît au creux de votre ventre.

J'ai pris une gorgée dans la bouche, je fais circuler le vin puis l'avale. Je vous regarde à mes pieds , si belle, si offerte, si douce. Je vous caresse la joue.
Le vin est un velours profond. Son parfum me pénètre. Il m'enveloppe le cœur, m'amène la sérénité, le désir que ce moment dure une éternité. J'en suis à la moitié environ quand je vous vois relever vos yeux. Ils pétillent de tendresse et d'audace. "Monsieur", murmurez-vous , "Oui...""Monsieur, je suis à vos genoux, voulez-vous..... voulez-vous disposer de ma bouche ? "

On ne peut rien vous refuser, Mademoiselle.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Lazy on a sunny afternoon

credo à remanier

Dimanche d'été+ réécritures