Noir, c'est noir

Hadrien vous avait donné une seule consigne : être en noir, pas en deuil, en noir.
Vous aviez opté pour la petite robe que vous gardiez au fond de votre dressing, au cas où...Le noir va avec tout, le noir sied à Electre, le noir s'accessoirise avec à peu près n'importe quoi, le noir se décline en bas, en sac, en escarpins, le noir autorise aussi bien les bijoux argentés que dorés, les grosses perles de fantaisie ou les rangs de perles les plus classiques. Et puis, c'était la fin de l'été, vous aviez bronzé, la robe était gentiment décolletée, juste assez pour que l'on remarque votre teint hâlé.
C'est donc en noir et court vêtue que vous alliez à ce rendez-vous.
Noire la voiture qui vous dépassa quand vous marchiez le long de ce chemin de campagne.
Noir le sac qui recouvrit votre tête..et puis plus rien.
En un instant vous vous êtes retrouvée dans le coffre d'une 4x4 roulant à vive allure. Vous aviez les mains liées dans le dos, un de vos escarpins avait disparu. La route était irrégulière. Le véhicule cahotait. Divers objets rebondissaient dans le coffre et parfois vous heurtaient. Vous aviez souri au début. Ce phantasme si commun des hommes d'enlever la femme qui leur plaît et de la ramener à la hutte, au château, à la maison selon les époques pour jouir d'elle, qu'elle soit consentante ou non. Plus le trajet se prolongeait cependant, et moins vous vous sentiez à l'aise. Trop de coup de freins brusques, d'accélérations brutales. Manifestement on traversait une ville. Vous avez voulu vous redresser mais des liens vous maintenaient fermement au sol...Prisonnière.
Puis un arrêt. Le crissement d'un volet. La voiture plonge vers le bas, sans doute un parking sous un immeuble.
Dures, les mains qui vous extraient du coffre sans ménagement. On vous lie les mains dans le dos. Il y a deux hommes, peut-être trois. Votre second escarpin se perd. Une main ferme vous agrippe le gras du bras. Vous guide, vous pousse. Un ascenseur. Il descend, encore.
Froide, la cave où vous pénétrez.Vous sentez que le sol est en terre. Battue, fraîche, presque humide. Un bandeau sur vos yeux remplace le sac. Des mains pèsent sur vos épaules. Vous vous agenouillez. par habitude, par peur, par lassitude aussi.
Une porte se ferme. Vous êtes seule. Enfin peut-être. Il y a dans cette cave des frôlements bizarres. Des bruits de petites pattes velues qui courent sur des étagères. Vous essayez de vous relever. Vous vous cognez la tête. Retombez par terre. La porte a grincé de nouveau. Une main saisit votre nuque. Vous force à avancer la tête. Vous ouvrez la bouche par instinct. Un sexe d'homme touche vos lèvres. D'instinct vous reculez la tête. Mais la main presse sur votre nuque. Alors vous abandonnez votre révolte. Vous n'êtes plus qu'une bouche et une gorge. Qu'importe ce qui arrivera et ce qui est passé. Vous sucez, léchez, engouffrez comme si votre vie en dépendait. Et peut-être est-ce le cas.
Parfois l'homme se fait plus dur. Il maintient votre tête contre son corps. Son sexe est comme un bâillon, enflé, vivant. Il vous étouffe. L'homme vous relâche alors que vous étiez prête à vomir. Puis il recommence, sans pitié. Vos genoux vous font mal, vos bras vous font mal, vos lèvres vous font mal. Enfin il explose en vous. Vous avalez. Tout. Jusqu'à la dernière goutte. Vous respirez enfin.
La gifle heurte votre joue. Vous vacillez. Une autre. Vous tombez sur le côté. Le noir, mais un noir délivré cette fois.

Vous ouvrez les yeux. Vous êtes couchée dans un lit, large, très  large. Au dessus de vous, il y a un baldaquin et vous remarquez que des chaînes pendent des supports du ciel de lit.
Hadrien est près de vous. Il tient un plateau avec  des fruits, une carafe de jus d'orange et deux tasses de café....noir.

Ce jour sera marqué d'une pierre blanche, Mademoiselle

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