Lazy on a sunny afternoon

Hadrien vous l'avait dit, ce dimanche il y aurait des invités et il aurait besoin de vous.

Des amis qu'il avait invité pour discuter d'art ou de politique, sans doute.  Ou d'anciens condisciples de la Faculté d'Histoire. Des gens capable de disserter pendant des heures sur ce qu'aurait pensé ou aurait pu penser un obscur philosophe dont vous n'arriviez pas à retenir le nom ou sur la qualité comparée des aciers des épées vikings.
Des originaux, décalés, vivant eux aussi dans un monde parallèle.
Dix ans plus tôt quand il se piquait de politique, les déjeuners du dimanche avaient une autre allure. On y traitait, au dessert,  de choses rébarbatives à grand renfort de single malts et de Cointreau sur glace pour les dames. Mais c'était bien avant vous.
La plupart du temps vous ne preniez qu'une part réduite à la conversation, vous contentant d'assurer le service, en parfaite maîtresse de maison. Seul Hadrien savait que sous votre robe vous ne portiez rien ou seulement vos boules de geisha. Cette touche d'érotisme dans un contexte aussi sage, presque banal vous plaisait. Ils me regardent sans me voir, pensiez-vous, et je je ne suis pas celle qu'ils croient voir. Cette pensée vous émoustillait autant que le sextoy planté en vous et conduisait souvent à terminer la soirée au donjon.

Un jour vous avait-il dit,l'air grave il vous faudrait vous occuper autrement des invités mais il n'en était pas encore question.
Pourquoi diable vous avait-il demandé d'être là aussi longtemps à l'avance ? Vous connaissiez les lieux, les habitudes des convives. Une pensée vous traversa l'esprit. Auriez-vous  commis une erreur et voulait-il vous punir ? Ou simplement que vous fassiez l'amour pour donner encore un peu plus de soleil à la journée ?
Il ne vous avait pas fixé de tenue non plus et vous étiez aviez revêtu une robe d'été décolletée dans le dos qu'il appréciait fortement. Portée normalement, elle vous faisait élégante. Portée sans soutien-gorge, elle faisait immédiatement monter la pression chez tous les mâles présents. Hadrien choisirait, vous disiez-vous, en fonction de son humeur et de ses invités.
Quand vous êtes arrivée devant chez lui, vous avez remarqué la porte ouverte. Il vous attendait au salon, la table était dressée pour trois, ce qui vous fit sursauter. Il avait dit "des amis".
Hadrien déplaçait une table basse et la recouvrait d'une nappe noire. "Allez vous déshabiller dans la chambre, Mademoiselle" dit-il sans se retourner "Revenez entièrement nue, et ne traînez pas".
Quand vous êtes revenue, vous avez remarqué plusieurs rouleaux de corde à ses pieds.
"Asseyez-vous sur la table basse, et pas un mot" . Au son de sa voix, vous avez compris qu'il n'était pas d'humeur à plaisanter. Vous avez obéi bien sûr. Et ses mains ont commencé à vous faire prendre la pose. Droite, très droite, merci à ces cours de danse classique de votre adolescence, les jambes écartées, les mains rejointes dans le dos. Il a commencé à vous attacher lentement, en faisant glisser chaque corde lentement sur votre peau, comme un serpent qui se prélasse sur les pierres chaudes d'une terrasse sur une île grecque. Puis lentement mais avec force il nouait la corde selon un rituel compliqué. A chaque nœud, votre position se rectifiait, vous étiez plus tendue, plus offerte.
Hadrien observait, corrigeait, tirait sur un brin de corde ou un autre. Quand il se releva pour contempler son œuvre, il semblait soulagé et souriait. Vous auriez voulu lui poser une question mais n'osiez pas rompre sa consigne.
On sonna. La peur vous tétanisa. Placée face à  la porte vous avez vu entrer un couple d'inconnus. La cinquantaine élégante. Hadrien leur montrait une gravure ottomane dénichée dans un ancien caravansérail d'Istanbul. Il adorait cette ville et avait promis de vous y emmener un jour.
Puis il passa devant vous sans sourciller. "Oh, mais cette statue est positivement charmante, une nouvelle acquisition ? " dit la femme. "Elle embellit remarquablement votre intérieur" ajouta son compagnon". Vous en eûtes le souffle coupé sans bien comprendre ce qui vous impressionna le plus , le flegme de ces inconnus capables de ne pas se fixer sur votre corps offert de façon si indécente ou la réplique d'Hadrien.
"Certes, mais l'ennui est que  je devrai faire le service moi-même"..

Il se dirigea vers la chaîne Hi-Fi et lança un vieux succès des Kinks.







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