Histoire d'O
Voici
le discours que l’on tint ensuite à O. :
confiera
pour la tenue de la maison, comme de balayer, ou de ranger les livres
ou de disposer les
fleurs, ou de servir à table. Il n’y en a pas de plus dures.
Mais
vous abandonnerez toujours au premier mot de qui vous l’enjoindra,
ou au premier signe, ce que vous faites, pour votre seul véritable
service, qui est de vous prêter.
Vos
mains ne sont pas à vous, ni vos seins, ni tout particulièrement
aucun des orifices de votre corps, que nous pouvons fouiller et dans
lesquels nous pouvons nous enfoncer à notre gré.
Par
manière de signe, pour qu’il vous soit constamment présent à
l’esprit, ou aussi
présent
que possible, que vous avez perdu le droit de vous dérober, devant
nous vous ne
fermerez
jamais tout à fait les lèvres, ni ne croiserez les jambes, ni ne
serrerez les
genoux
(comme vous avez vu qu’on a interdit de faire aussitôt votre
arrivée), ce
qui
marquera à vos yeux et aux nôtres que votre bouche, votre ventre,
et vos reins nous sont ouverts....
S'il
convient que vous vous accoutumiez à recevoir le fouet, comme tant
que vous serez ici vous le recevrez chaque jour, ce n’est pas tant
pour notre plaisir que pour votre instruction. Cela est tellement
vrai que les nuits où personne n’aura envie de vous, vous
attendrez que le valet chargé de cette besogne vienne dans la
solitude de votre cellule vous appliquer ce que vous devrez recevoir
et que nous n’aurons pas le goût de vous donner.
Il
s’agit en effet, par ce moyen, comme par celui de la chaîne qui,
fixée à l’anneau de votre collier, vous maintiendra plus ou moins
étroitement à votre lit plusieurs heures par jour, beaucoup moins
de vous faire éprouver une douleur, crier ou répandre des
larmes,que de vous faire sentir, par le moyen de cette douleur, que
vous êtes contrainte, et de vous enseigner que vous êtes
entièrement vouée à quelque chose qui est en dehors de vous."
Pauline Réage, Histoire d'O, 1956


Commentaires
Enregistrer un commentaire