Corsetée

Vous êtes dans la cabine d'essayage. Une fois de plus Hadrien a insisté, une fois de plus (la dernière, non peut-être pas la dernière, cela dépendra comment vous ferez l'amour tous les deux cette nuit), vous avez cédé.
Face à vous, sur la tringle, il y a ce vêtement qui s'est déjà emparé de votre esprit. Vous allez lui confier votre corps, comme s'il était un amant prêt à vous prendre. Douceur du satin et de ses reflets,  vingt et un œillets de chaque côté du dos qui vous fixent, un long réseau de lacet noir...inquiétant. Vous caressez l'étoffe d'une main hésitante, sentez la ferme élasticité des baleines, l'extérieur lisse et moiré. Comment, diable, allez vous tenir là dedans ?

La vendeuse, toute jupette au vent vous a laissée seule, s'offrant à venir vous aider au moindre appel.
Vous l'auriez préférée plus directive, plus sévère, vous habillant comme une poupée. Mais cela sera pour plus tard, pour Celui qui vous attend.

Une respiration pour reprendre votre calme. Vous déboutonnez votre chemisier, défaites votre soutien-gorge. Ces gestes familiers, méthodiques, vous les accomplissez plus lentement, plus solennellement qu'à l'habitude devant le grand miroir. Comme si le miroir était sans tain et qu' IL vous observait par dehors. Malgré la température idéale, l'ambiance chaude et cosy de ce petit salon d'essayage, vos mamelons sont durs et sensibles. Un nœud vous serre à l'estomac. Vous prenez le corset des deux mains, le présentez devant vous. Un bel objet, vraiment, un très bel objet, une folie de soie chatoyante et souple.

Le vêtement se ferme par des agrafes sur le devant: vous passez un pan dans votre dos et le repliez sur vous. Les pinces des jarretelles glissent en cliquetant le long de la ceinture, vous jetez un œil dans le miroir en fermant une première agrafe sur  votre ventre, une autre, il y en a une demi-douzaine. Les balconnets sont comme en suspens sous vos seins, les mamelons pointant au-dessus de leur bordure lisérée de blanc. Sur les conseils de la vendeuse vous avez bien desserré le laçage: le corset vous enveloppe mollement, vous sentez à peine son contact sur votre dos et votre ventre, le bas pend au-dessus de votre ceinture. Vous vous traitez d'idiote Bien sûr, il faut ôter votre jupe. Elle glisse à terre, vous frissonnez Vous vous tournez un peu pour vous admirer dans le miroir. : le noir luisant et massif du corset, la dentelle un peu floue du string, les bas translucides avec la barre de la jarretière. Pas mal cette fille. Vraiment pas mal. Pour un peu....mais non, une autre fois.

Vous respirez fort, vous avez un peu chaud. Où sont donc les lacets ? Vous vous cambrez, vous vous contorsionnez, vous n'y comprenez rien, vos doigts s'égarent. Vous appelez la vendeuse.
"Je vais vous aider Mademoiselle, détendez-vous et asseyez-vous sur ce tabouret". Maintenant à votre hauteur, elle plaque sur vous le devant du corset et en vérifie l'ajustement. Sans relâcher le corset elle passe dans votre dos. "Cela va vous aller comme un gant, mademoiselle, n'ayez pas peur de respirer, je vais serrer doucement". Vous entendez le glissement du lacet dans les œillets, ses doigts rapides démêlent, tendent, tirent, et vous  sentez la tension s'installer tout doucement. Vous vous tenez bien droite. En quelques instants le laçage est bien fermé, le corset vous épouse tout en douceur.
C'est vous, oui c'est bien vous cette fille sexy et souriante dans le miroir... 

Toute neuve, vous vous redécouvrez. Vous  caressez du bout des doigts l'étoffe tendue qui vous a prise, votre peau sous elle,vous contemplez  vos  seins comme jaillissant de leur gaine. Vous faites mine d'ajuster vos bas, et en vous inclinant vous  découvrez la douce résistance qu'oppose votre nouvelle armure à tout vos mouvements. Vous êtes comme cette actrice américaine dans la main de King Kong, une main qui tiendrait à vous dresser à un port majestueux, à des mouvements lents, et qui vous prendrait dans sa chaleur sans hésitation ni relâche.Vous vous sentez libre et contrainte, et ce sentiment provoque une chaleur soudaine dans votre ventre. Et si c'était cela le bonheur ?..

Vous avez quitté le tabouret, vous vous pavanez devant le miroir. Dans un autre, vous admirez la vue de votre dos cambré, de vos fesses surlignées par les jarretelles et de vos jambes longues et lisses. Côté face, le bas du corset, les jarretelles et les bas dessinent un cadre, comme un écrin précieux pour votre triangle, si nu, si fragile et si fort à la fois.

La vendeuse vous aide à remettre jupe et chemisier.."Tout est payé, Mademoiselle",. 
Dans la rue, quelque chose à changé, le rythme de vos pas, plus lent. Et puis votre démarche, cambrée, arrogante, sûre de vous, de votre beauté.
Malgré la fraîcheur de l'automne, vous gardez votre  veste à la main, seins dressés, fière, en marche vers Hadrien ..

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